Epidémie de grippe 2016-2017

Dernière mise à jour : 17.01.17

 

1 - Conduites à tenir en ambulatoire

 

 

NB : Les CAT ci dessous ont été constituées à partir des textes proposés par les autorités sanitaires françaises (ministères et agences sanitaires) et la revue Prescrire

 

Comment reconnaître et prendre en charge un cas possible de grippe chez un adulte ou un enfant de plus de 1 an ?

 

Pendant la période épidémique, tout syndrome respiratoire aigu à début brutal associant :

- signes généraux : fièvre > 38° ou courbature ou asthénie ;

- et signes respiratoires : toux ou dyspnée.

doit être considérée comme un cas possible de grippe. 

 

NB : Il existe des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) de la grippe. Ces tests, de sensibilité limitée mais de spécificité très élevée (proche de 100%), doivent être réalisés dans les 48 à 72 heures suivant le début des signes, dans des conditions rigoureuses (Pour en savoir plus : video du NEJM). Ils ont leur intérêt dans les collectivités, où la réalisation de plusieurs tests sur plusieurs personnes permet d’améliorer la sensibilité du dépistage et de détecter une épidémie grippale débutante. Dans les collectivités de personnes âgées, ces tests doivent être effectués sur au moins 3 cas (Source : DGS).

 

Si l’examen médical ne révèle pas de signe de gravité, ni de facteur de risque (FDR) de complications (FDRcomplications1708.doc), ni de forme clinique jugée sévère par le médecin (toutes ces situations faisant discuter une hospitalisation), le patient se voit prescrire :

- un traitement symptomatique d'infection respiratoire aigue : réhydratation + prise d’antipyrétiques (de préférence : paracetamol) en cas de fièvre

NB 1 : les principales régles de prise en charge des nourrissons de moins de 30 mois se trouvent sur cette fiche dédiée : IRA nourrisson.docPour les enfants et adultes sans antécédent particulier, la revue Prescrire rappelle dans ses numeros 312 et 325 que les médicaments destinés à soulager la toux et/ou le rhume ont une efficacité purement symptomatique peu ou pas supérieure à celle du placebo mais qu'ils peuvent exposer, notamment les enfants, à des effets indésirables disproportionnés. En revanche, chez l’enfant et l’adulte, des boissons chaudes ou sucrées, le miel, des confiseries ou du citron aident parfois à soulager la toux, avec peu ou pas d’effets indésirables.

NB 2 : En 2016, comme chaque année depuis le "fiasco" de la gestion de la grippe A en 2009, le ministère de la Santé, via la DGS, recommande l'utilisation d'antiviraux.

En pratique, la DGS recommande en 2016, l’utilisation précoce (dès les premières 48 heures) des traitements antiviraux pour les personnes fragiles symptomatiques, afin de réduire les symptômes et/ou leur gravité, dans les situations suivantes :

personnes jugées à risque de complications : femmes enceintes, personnes obèses, jeunes enfants y compris les nouveau-nés à terme, malades âgés de 6 mois et plus ciblés par la vaccination ;

personnes présentant une grippe grave d’emblée ou d’aggravation rapide ;

personnes dont l’état justifie une hospitalisation pour grippe.

La DGS recommande aussi un traitement préemptif par les antiviraux, chez les personnes encore asymptomatiques mais jugés par le médecin comme à risque très élevé de complications grippales et en contact étroit avec un cas confirmé ou cliniquement typique de grippe.

Or, l'Assurance maladie ne tient pas le même discours : "Le recours à un médicament antiviral (Oseltamivir ou Zanamivir) est le plus souvent inutile. Il peut être proposé par le médecin traitant à des personnes particulièrement fragiles. Dans ce cas, le traitement est efficace s’il débute dans les 2 jours après l’apparition des symptômes".

De plus, le SNJMG n'a retrouvé aucune référence indépendante concluant clairement à une balance bénéfice/risque positive, même dans les 48 premières heures de la pathologie.

Ainsi, une synthèse méthodique de la revue Minerva en 2013 d’études publiées et non publiées montre que "l’oséltamivir réduit la durée des symptômes de la grippe de moins d’un jour" et que "dans la population en intention de traiter (chez laquelle une grippe est suspectée), il n’y avait pas d’effet favorable sur l’incidence des pneumonies, des hospitalisations, des bronchites, des sinusites et des otites". Enfin, selon la revue Prescrire en 2015 : "Devant la complaisance des autorités et la rétention manifeste d'informations par la firme (Pfizer), ne pas recommander ni utiliser l'oséltamivir en traitement de la grippe évite d'exposer inutilement de nombreux patients à un médicament dont on ne sait pas à quoi il sert".

- et un repos à domicile (+/- arrêt de travail) pendant 3 à 7 jours (durée indicative) après l'apparition des premiers signes cliniques.

 

Une personne de l'entourage du patient va chercher le traitement dans une pharmacie d’officine ou, à défaut, le patient s’y présente lui-même, avec de préférence un masque anti-projections (de type chirurgical) que pourra lui avoir remis le médecin.

 

NB : Le médecin ne doit pas perdre de vue le risque de surinfection et se doit de réévaluer si besoin la situation après quelques jours pour discuter la mise en place d'un traitement ATB.

 

Il est important de rappeler aux patients et/ou à leurs entourages les règles d'hygiènes pour limiter les risques de contagion :

  • Lavez-vous les mains, si possible avec du savon liquide, en les frottant pendant 30 secondes. Rincez-les ensuite sous l’eau courante et séchez-les avec une serviette propre ou à l’air libre. Le lavage des mains doit devenir un réflexe : au minimum, avant de préparer le repas ou de manger, après s’être mouché, avoir éternué ou toussé en mettant sa main devant la bouche, être passé aux toilettes, s’être occupé d’un animal et après chaque sortie.
  • Servez-vous d’un mouchoir jetable pour vous moucher, tousser, éternuer ou cracher, et jetez-le aussitôt.
  • Portez un masque si vous êtes grippé, surtout pour rendre visite à une personne fragile.
  • Évitez d’emmener un nourrisson dans les lieux publics où il pourrait entrer en contact avec des personnes infectées (transports en commun, centres commerciaux, hôpitaux…) en période d’épidémie.
  • Ouvrez les fenêtres régulièrement pour aérer et diminuer la concentration en microbes.
  • Évitez de serrer les mains ou d’embrasser pour dire bonjour.
  • Ne touchez pas directement vos yeux, votre bouche ou votre nez, sans vous être lavé les mains au préalable.

Rappels : Le virus de la grippe survit cinq minutes sur la peau, quelques heures dans les sécrétions séchées, huit à douze heures sur les mouchoirs, vêtements, papiers,... plusieurs jours sur des surfaces inertes.

 

Comment reconnaître et prendre en charge un cas possible de grippe chez un nourrisson de moins d’un an ?

 

Chez les nourrissons de moins de 1 an, les formes cliniques sont souvent atypiques et, en période d'épidémie, il faut suspecter un syndrome grippal en cas d’apparition d’une fièvre supérieure ou égale à 38,5°C associée ou non à des :

- symptômes respiratoires signant une atteinte des voies aériennes supérieures ou inférieures ;

- troubles digestifs ;

- convulsions.

 

Les médecins généralistes peuvent assurer la prise en charge selon les modalités ci dessous :

- Le diagnostic différentiel des autres causes de fièvre aigue chez le nourrisson doit être systématiquement considéré, en particulier avant trois mois pour ce qui concerne les infections bactériennes sévères

- il est recommandé aux parents de garder l'enfant au repos à domicile, accompagné des recommandations d'isolement jusqu'à 48 heures d'apyrexie sous traitement. En outre, il est expliqué aux personnes responsables qu'il importe de rappeler le médecin ou le centre 15 en cas d'aggravation de son état.

 

La présence de FDR de complications ou d’un seul des signes de gravité suivants doit faire envisager l’hospitalisation :

Difficultés alimentaires chez un nourrisson de moins de six mois (moins de la moitié des biberons sur 12 h) ;

Tolérance clinique médiocre de la fièvre, malgré les mesures adaptées ;

Signes de déshydratation aiguë ;

Existence de troubles de la vigilance ;

Signes de détresse respiratoire, apnées ;

Contexte particulier : très jeune âge (inférieur à 3 mois), ou facteurs de risque de grippe grave ou considérations liées à l’administration du traitement.

 

2 - Conduites à tenir dans les collectivités de personnes âgées et en milieu extra-hospitalier


Voir plus haut le chapitre Diagnostic en ambulatoire pour l'intérêt des TROD grippe en établissements de personnes agées.

 

Références officielles :

Prévention et gestion des infections respiratoires aiguë dans les collectivités de personnes agées (PDF - 1.6 Mo)

 

Rapport du HCSP du 03/07/2012 relatif à la Conduite à tenir devant une ou plusieurs infections respiratoires aiguës en Ehpad