Coronavirus en France : tout est prévu et cohérent sur le papier… mais en pratique ?

 

La situation épidémiologique pour le nouveau coronavirus (SARS-CoV-2) a connu une évolution importante la semaine dernière. Alors que les chiffres officiels chinois suggéraient que le pic épidémique avait été dépassé dans le pays berceau de la maladie (1), la multiplication de foyers hors de Chine et l’apparition de cas sans relation clairement établie avec la Chine a changé « la donne » (2) : le risque pandémique est désormais réel.

C’est dans ce contexte que les autorités françaises ont médiatisé, jeudi 20 février 2020, un plan de préparation au risque épidémique et actualisé, le vendredi 21 février 2020, les recommandations pour les retours des zones à risques et la prise en charge des cas suspects/possibles. Ainsi, le nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran, a pu annoncer le mardi 25 février 2020 : «Nous nous préparons, nous préparons l'ensemble des dispositifs de veille sanitaire et d'intervention, en ville comme à l'hôpital, dans l'hypothèse où l'épidémie viendrait» (3).

Sur le papier (4), tout est prévu et cohérent… Mais en pratique quotidienne, les médecins généralistes sont les premiers à expérimenter le « gap » entre la théorie et la pratique.

Déjà, le mois dernier, le premier médecin français contaminé par le SARS-CoV-2, l’avait été après avoir consulté un patient chinois (malheureusement décédé depuis) à la demande du SAMU-Centre 15… en contradiction totale avec les recommandations officielles déjà en place (5) !

Mais avec l’extension vendredi 21 février 2020 des zones considérées à risques (notamment à la Lombardie et à la Vénétie), la cohérence du plan gouvernemental est déjà mise à mal.

En effet, les recommandations officielles demandent à toute personne de retour de ces zones d’éviter pendant 14 jours « tout contact avec des personnes fragiles (femmes enceintes, malades chroniques, personnes âgées…) et la fréquentation des lieux où se trouvent des personnes fragiles (hôpitaux, maternités, structures d’hébergement pour personnes âgées…) ainsi que toute sortie non indispensable (grands rassemblements, restaurants, cinéma…) » ; les adultes étant incités à privilégier le télétravail et les enfants à ne pas fréquenter les crèches et établissements scolaires.

Il aura fallu attendre lundi 24 février 2020 pour que le ministère de l’Education Nationale demande en début d’après midi aux chefs d’établissements d’appliquer ces mesures pour les enfants scolarisés (alors que la rentrée avait eu lieu dans la matinée pour les régions Ile de France et Occitanie)… sans se prononcer sur le cas des professeurs et des personnels techniques (ex : cantines scolaires).

Concernant l’activité professionnelle des adultes, le gouvernement avait anticipé les situations de « quarantaine » en publiant un décret le 1 février 2020 ouvrant droit exceptionnellement à une indemnité journalière pour "les personnes faisant l'objet d'une mesure d'isolement du fait d'avoir été en contact avec une personne malade du coronavirus ou d'avoir séjourné dans une zone concernée par un foyer épidémique de ce même virus et dans des conditions d'exposition de nature à transmettre cette maladie » (6) : les indemnités sont ouvertes pour les salariés mais aussi les travailleurs indépendants et elles sont versées par l’Agence Régionale de Santé (ARS) dès le premier jour d’arrêt et jusqu’à 20 jours d’affilée.

Mais dans la pratique quotidienne, c’est plus compliqué… En effet, les ARS ont un discours qui varie d’une région à l’autre (selon que la profession est considérée à risque ou non) avec qui plus est une prise en charge différente d’une ARS à l’autre : certaines gèrent l’indemnisation de l’arrêt de travail de tout cas suspect/possible et de tout retour de zone à risque, d’autres ne veulent prendre en charge que les cas confirmés, renvoyant les cas suspects/possibles à leur médecin traitant pour un arrêt de travail de 2 semaines et les retours de zone à risque à leur médecin du travail pour une adaptation de leur poste pendant 2 semaines (une ARS aurait même demandé aux patients de retour de zone à risque de poser 2 semaines de congès !)… Et à notre connaissance, aucune ARS n’a mis en place de numéro téléphonique dédié pour renseigner les médecins sur l’application de ces mesures…

Autre exemple de difficultés pratiques, les recommandations officielles prévoient depuis la mi janvier 2020 pour tout cas suspect rencontré par un médecin généraliste que celui-ci impose le lavage des mains et le port du masque chirurgical au patient et que lui-même s’équipe de dispositifs d’équipement de protection. Mais, les autorités sanitaires n’ont jamais proposé aux médecins généralistes (et encore moins aux autres professionnels de santé) de filière dédiée d’approvisionnement, les renvoyant à leurs fournisseurs habituels d’équipement - comme l’ARS Ile de France le faisait encore, il y a deux jours seulement (7). Or, tous ces équipements sont en situation de (quasi) pénurie... situation propice à toutes les dérives commerciales (8).

Certes, le ministre de la Santé a annoncé le 23 février 2020 (rappel : les recommandations datent de mi janvier 2020) une commande massive de plusieurs dizaines de millions de masques de protection FFP2 destinés aux professionnels en contact étroit avec des malades… mais aucune communication n’a été faite aux médecins sur les modalités pratiques de mise à disposition de ces masques…

Le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG) est particulièrement attentif à ce problème de santé publique et il entretient, depuis le 15 janvier 2020, une veille informative et pratique à destination des (jeunes) médecins généralistes (9).

Devant les difficultés pratiques actuelles et la menace de risque pandémique, le SNJMG estime nécessaire d’organiser, dès à présent et en répondant au mieux aux besoins de la médecine ambulatoire, une prochaine étape de la réponse sanitaire où il ne serait plus possible de gérer les cas avec un recours systématique au secteur hospitalier - qui fonctionne déjà en flux tendu en période d’épidémie d’états grippaux et avec des conflits sociaux qui perdurent depuis 1 an () - ni d'organiser des mesures de confinement avec une multiplication des zones à risques en Europe voire en France même…

 

Contact Presse : Benoit Blaes – presidence@snjmg.org – 07.61.99.39.22

 

  1.  : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/coronavirus-le-nombre-de-nouveaux-cas-en-chine-au-plus-bas-depuis-pres-d-un-mois_2118825.html
  2.  : https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/coronavirus-la-situation-mondiale-a-bascule-1174382
  3.  : https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Coronavirus-selon-Olivier-Veran-l-epidemie-est-a-nos-portes-1675480
  4.  : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/guide_methodologique_covid-19-2.pdf
  5.  : https://www.fmfpro.org/tous-derriere-tous-derriere-et-lui-devant.html
  6.  : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000041513432&categorieLien=id
  7.  : https://twitter.com/babydocas/status/1232443369063776256?s=20
  8.  : voir article du canard enchaine de cette semaine
  9.  : http://www.snjmg.org/blog/post/infections-a-nouveau-coronavirus-en-chine/1708
  10.  : https://twitter.com/brutofficiel/status/1233036537614471175?s=20