Coronavirus en France : où en sommes nous ? (Février 2021)

En plein coeur de l'hiver, où en sommes nous de la pandémie ?

Au niveau mondial, la situation est contrastée :

- Eléments positifs :

Depuis le début d'année 2021, la pandémie regresse globalement à l'echelle mondiale et sur tous les continents. La plupart des pays qui avaient dû affronter des vagues épidémiques en fin d'année sont sortis d'affaire ou en sont en train de le faire, au besoin après de nouvelles mesures de confinement. Le Royaume Uni illustre ce cas de figure.

Depuis la fin d'année 2020, différents pays se sont bien avancés dans la vaccination de leur population et le mouvement s'étend désormais à l'Europe et à d'autres pays à travers le monde. Israel illustre ce cas de figure.

- Eléments négatifs :

Des variants possiblement plus dangeureux font leur apparition. Outre le variant anglais au Portugal, des variants "nationaux" font des ravages en Afrique du Sud et au Brésil. En plus du surplus immédiat de morbi mortalité, ils interrogent sur leur sensibilité aux vaccins.

Et en France ?

- Démarrage de la vaccination

La France, comme presque tous les autres pays de l'Union, s'est inscrite dans la stratégie européenne. Si la Commission européenne, a fait preuve d'un manque d'ambition en matière de subventions pour la recherche vaccinale et a pris du retard dans la conclusion d'accords pour la livraison de vaccins, les pays européens bénéficient en 2021 d'un plan d'approvisionnement permettant à la Commission de fixer l'objectif ambitieux de vacciner 70% de la population de l'Union d'ici l'été.

La France, comme d'autres pays européens, a donc commencé à vacciner dès le 27 décembre 2021. Mais ce début de vaccination a été plombé par la scénarisation douteuse de la première injection vaccinale et surtout par un manque de préparation réglementaire et logistique. Ainsi, ce n'est que le 29 janvier 2021 que le cadre réglementaire a été publié au JO et il faudra attendre le 25 janvier 2021 pour que soit précisé l'intervention des professionnels de santé retraités, remplaçants et étudiants dans les centres de vaccination (et encore, tout n'est pas réglé à ce jour !). Quant à la logistique, les 100 centres pivots d'approvisionnements n'ont été pleinement fonctionnels qu'à partir du 4 janvier 2021...

C'est ainsi qu'a éclaté en début d'année une nouvelle polémique autour cette fois ci de la vitesse d'escargot du démarrage de la campagne vaccinale. Cette polémique a poussé le Président de la République à revoir la stratégie vaccinale définie par la HAS et qui faisait globalement consensus dans la communauté médicale. Ainsi, tout en maintenant la première phase de vaccination des patients en établissements (à commencer par les EHPAD/USLD), le gouvernement a annoncé l'ouverture de centres de vaccination à destination des professionnels de santé agés et/ou présentant des comorbidités, puis aux personnes agées de 75 ans et finalement aux personnes considérées comme particulièrement vulnérables. Au total, c'est près de 7 millions de personnes qui se sont retrouvées éligibles à la vaccination entre fin décembre 2020 et mi Janvier 2021 alors que le pays n'a disposé que de 3,5 millions de doses (en cumulé depuis Décembre 2020) que ce jour... De plus, pour gérer les prises de rendez vous en centres de vaccination, le gouvernement, par manque de temps et/ou par manque de volonté politique n'a pas voulu investir dans  l'organisation d'un standard téléphonique conséquent ni dans la mise en place d'une plateforme publique sur Internet et il a préféré "sous traiter" en selectionnant 3 plateformes internet privées (accessoirement : pourquoi uniquement 3 sociétés ? et pourquoi ces 3 là ?). Est ce un hasard ? Le  jour de l'ouverture des prises de rendez vous, le 14 janvier 2021, le standard téléphonique sature très rapidement et le site gouvernemental recensant l'ensemble des coordonnées des différents centres de vaccination "plante" quasiment immédiatement... Enfin, en laissant les collectivités territoriales organiser la création de centres de vaccination, le gouvernement se retrouve débordé par le nombre de centres : plus de 1100 centres ouverts alors que le gouvernement en avait prévu 600 à 800 pour la fin Janvier 2021. Résultat : il devient vite impossible d'obtenir un rendez vous pour des personnes éligibles à la vaccination et de nombreux centres sont contraints de fonctionner a minima quand il ne sont pas purement et simplement obligés de fermer une ou plusieurs vacations par semaine..

- Gestion de la pandémie

Contrairement aux craintes et aux prédictions, il n'y a pas eu d'explosion des contaminations après la période des fêtes de fin d'année. Manifestement, outre l'effet vacances scolaires, la grande majorité de la population a compris les mesures de prévention : le travail d'information de divers intervenants produit de meilleurs effets que les discours infantisants (ex : recommandations pour cantonner papys et mamies dans les cuisines) ou culpabilisants (ex : discours anti campagnes de prévention lors de rassemblements festifs comme à Lieuron) de différents médecins...

Pour autant, et malgré l'extension progressive à 18h du couvre feu sur tout le territoire, les contaminations se maintiennent à un niveau élevé pendant tout le mois de janvier 2021. Après avoir pendant plusieurs jours tenu des discours contradictoires (ballons sonde ?) sur l'eventualité de mesures plus drastiques comme demandé par le conseil scientifique, le gouvernement, sous la pression du Président de la République, a décidé d'écarter (autant que possible) tout recours à un nouveau confinement en métropole (qu'il soit national ou territorialisé) et s'est contenté d'une annonce de fermeture des grandes surfaces non alimentaires et des frontières (NB : la fermeture des frontières aurait pu se faire plus tôt, à l'annonce de la découverte de variants potentiellement plus dangeureux). C'est un pari risqué mais pas insensé. A l'instar de la situation mondiale, la pente du "faux plat" des courbes épidémiques ne s'accentue pas en France entre fin janvier et début février et donne, au contraire, des signes de faiblesse malgré la diffusion de nouveaux variants. De plus, nous rentrons dans 4 semaines de vacances scolaires reparties sur 3 zones et, même si ça contrevient au discours officiel ("tout se passe globalement bien dans les établissements scolaires"), il n'a pas échappé au gouvernement que les vacances scolaires avaient contribué à maitriser, avec le premier couvre feu, la seconde vague de la pandémie à l'automne et, à éviter, avec les précautions individuelles, tout effet "reveillons". Mais même avec un pari gagné vis à vis de la menace d'une troisième vague, cette décision comporte des risques pour la société...

En choisissant la stratégie de vie avec le virus (qui se traduit en moyenne par plus de 300 morts quotidiens en ce début février 2021), le gouvernement opte pour une methode moins contraignante dans l'immédiat que la stratégie du "zero covid" (stratégie d'autant plus difficile à appliquer qu'on laisse le virus devenir endémique) mais qui présente aussi de nombreux inconvénients. Ne pouvant assurer qu'il n'y aura plus de confinement, le gouvernement ne peut pas fixer un objectif temporel de sortie de crise (ce qui n'est pas sans conséquences psycho sociales) et tant que les courbes épidémiques ne flechiront pas significativement, il ne peut pas se départir facilement de ces décisions de sortie du second confinement ('celui de l'automne 2020) qui plombe la jeunesse et la culture : impossible de reprendre suffisamment de présentiel en universités ou de rouvrir les salles de spectacles, les musées ou les monuments sans se dédire...