Docteur Fabien Quédeville                                                      Chilly-Mazarin le 12/01/2006

34 rue François Mouthon                                                                  

91380 Chilly-Mazarin                                                                                                                                  

 

                                                                                              M. Xavier Bertrand

                                                                                              Ministre de la Santé

                                                                                              8 avenue de Ségur

                                                                                              75007 Paris

                                                                                             

 

 

 

                                                                       Monsieur le Ministre,

 

 

            Tout d’abord, je vous adresse mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année, en espérant qu’elle vous apportera autant de satisfaction sur le plan professionnel que l’année précédente. En effet, vous vous êtes longuement exprimé dans les différents médias sur la réussite de la réforme de l’assurance maladie que vous avez mise en place avec M.Douste-Blazy.

Malheureusement, je crains que cette réforme n’apporte pas autant de satisfaction sur le plan professionnel pour tout le monde notamment pour les jeunes généralistes dont je fais partie.

 

Je me suis installé, il y a deux ans, en région parisienne, à Chilly-Mazarin (91) plus précisément, zone où la demande de soins est importante. Malheureusement au cours de ces deux années, vous avez changé les règles du jeu en instaurant le dispositif du médecin traitant. Ce bien sûr,  sans vous soucier des conséquences que cela pourrait avoir sur l’activité des jeunes généralistes. Preuve en est, puisque ce n’est que plusieurs mois après la rédaction de la nouvelle convention, qu’ alerté par les syndicats de jeunes omnipraticiens et d’autres, vous avez consenti à réfléchir à l’éventualité d’un moratoire de 5 ans pour les jeunes installés. Ce moratoire a été officialisé par sa parution au Journal Officiel début janvier. Cependant après renseignement pris auprès de la CPAM du 91 et auprès du Secrétariat d’Etat à l’Assurance Maladie, rien n’est prévu par les caisses pour différencier les feuilles de soins des jeunes installés des autres. Effet d’annonce donc. 

Je voyais régulièrement des patients suivis par d’autres de mes confrères, notamment lorsque ces derniers étaient débordés. Depuis le début de l’année et donc la mise en place des pénalités financières pour les patients ne respectant pas le parcours de soins, je n’en vois quasiment plus, ce qui est surprenant en période d’épidémie.

Mon activité a chuté de 20 % si je compare avec la même période  l’an dernier. J’arrive à peine à voir 50 patients par semaine. Difficile de faire fonctionner un cabinet quand les charges mensuelles sont d’environ 2000 euros (je ne compte ni les impots sur le revenus ni la taxe professionnelle).

Mais il existe des situations bien plus préoccupantes. Un confrère s’est installé en octobre 2005 dans une commune proche, son activité est plus que faible puisqu’il voit en moyenne 3 personnes par semaine.

 

Vous vous félicitez que les patients aient choisi à plus de 70 % un médecin traitant. Certes, mais vous savez aussi que les patients qui n’en ont pas choisi sont des patients consultant peu. Comment alors développer une patientèle pour les jeunes installés ? Je sais vous me direz que les patients peuvent librement changer de médecin traitant. Pourquoi alors avoir fait cette réforme, puisque si les patients peuvent changer autant de fois qu’ils veulent de médecin par jour, ils peuvent aussi consulter autant de fois qu’ils veulent et donc entraîner autant de dépenses qu’auparavant.

Mais vous savez que peu de gens feront cela et donc ne changeront pas de médecin, puisque cela représentera à leurs yeux une démarche administrative supplémentaire. Donc moins de nouveaux patients pour les jeunes installés, donc moins de nouveaux installés et donc bientôt plus de nouveaux généralistes.

Dans les nombreux chiffres que vous et vos services publiez, j’ai beau chercher mais je n’en trouve pas qui évalue les répercutions de la réforme de l’Assurance Maladie pour les jeunes installés ( évolution d’activité, nombres d’installation). Vous seraient-ils moins favorables ? J’espère que vous m’apporterez une réponse.

 

Depuis mon installation, je m’évertue à prescrire essentiellement des génériques, peu d’antibiotiques, à délivrer peu d’arrêt de travail, à rendre service à mes confrères qui ont plus de facilité à faire signer les formulaires médecin traitant et à renouveler des ordonnances  qu’à aller voir leurs patients lorsqu’ils présentent de lourdes pathologies. Qu’ai-je reçu en contrepartie ? Suis- je mieux payé que mes confrères qui ne suivent pas les recommandations, qui ne prescrivent pas de génériques ou qui ont fait de l’arrêt de travail leur fond de commerce ? La réponse est bien évidemment non.

Il y a deux solutions M. le Ministre , soit vous et les syndicats signataires voulez la mort de la médecine générale par pure revanche politique et ayez alors le courage de le dire, soit vous êtes sincère et voulez vraiment que la médecine générale soit reconnue comme une spécialité et il est encore tant d’agir.

On ne peut pas à la fois déplorer le manque de généralistes pour les années à venir et ne rien faire pour donner envie aux étudiants en médecine de choisir cette spécialité .

Malheureusement les hommes politiques sont jugés sur leurs actes et pour l’instant, je pencherais plutôt pour la première hypothèse. J’espère que vos actions futures me contrediront.

Il est des enjeux de société qui dépassent largement les jeux politiciens.

 

Voilà, Monsieur le Ministre, une partie des choses que j’avais à vous dire. Je ne suis ni syndiqué, ni militant d’un quelconque parti politique, mais juste un citoyen qui a envie de vous ouvrir les yeux. Écouter, dialoguer et comprendre devraient être des mots aussi forts que Liberté Égalité Fraternité.

J’espère que vous comprendrez cette colère qui me paraît légitime et recevez, Monsieur le Ministre, mes salutations les plus respectueuses.

 

 

                                                                                            Docteur Fabien Quédeville