Bonjour,

Jeune médecin généraliste installé seulement depuis 4 mois,  c'est  à dire après la date butoir du 1er juillet,  c'est avec  une  énorme amertume que je constate  maintenant les dégâts que  la  réforme actuelle de la sécurité sociale peut causer pour  les  jeunes installés.

J'ai  repris ce cabinet médical suite au décès brutal de mon   prédécesseur (à l'âge de 58 ans) après 25 ans de bons et loyaux   services.

L'activité semi-rurale était bonne (25 ans d'activité; CA   2004,100000 euros) et ce après 3 mois de fermeture.

L'activité s'étendait sur une dizaine de village alentours.

J'avais remplacé mon prédécesseur parfois plusieurs semaines   consécutives et à plusieurs reprises les 2 dernières années et  il  me semblait être apprécié de la patientèle ce qui a motivé  mon  installation. D'autant que les paysages viticoles et  vallonnés de  ces pré-corbières sont tout simplement enchanteurs...

Malheureusement c'était sans compter sur la nouvelle réforme...

Du fait des 3 mois de fermeture il s'est opéré une fuite   naturelle de la patientèle vers les confrères des villages   voisins (je suis seul dans mon village).

Les patients pour la plupart agés, chroniques et donc soucieux   d'être suivis régulièrement et très mal informés de cette  réforme  si ce n'est bien sur son caractère répressif  "si on ne  passe pas  par son médecin traitant" se sont bien sur empressés  de re-signer  le contrat de médecin traitant avec un autre  confrère qu'ils  voyaient souvent pour la première fois... avant  le 1er juillet...  ou rapidement après...

Aucun patient que j'ai pu voir n'était au courant que le   caractère répressif de cette réforme débutait au 1er janvier 2006!!

Au final après 4 mois d'installation je vois entre 0 et 5   personnes par jour! Alors que mes confères des villages voisins   sont saturés! c'est normal me direz-vous...

"Ca va venir... c'est toujours comme ça!" me repète mon  entourage  ou encore certains de mes confrères!

Ceci était vrai... avant le 1er juillet et j'en suis persuadé,  il  y a pour les jeunes installés un avant et un après 1er  juillet!  et maintenant un après 1er janvier 2006...

Les patients ont choisi...ils ont contracté... et nombreux sont   ceux qui ont l'impression de s'être engagé moralement avec le   praticien qu'il ont choisi... même s'ils ne le connaissent pas   bien... on ne rigole pas avec le médecin traitant...

Alors pourquoi referaient-ils la démarche pour un jeune   installé... surtout quand dans la majorité des cas il ne savent   pas comment il faut faire pour changer de médecin ou qu'ils ne   savent pas tout cours que cette démarche est possible.

Et finalement  pourquoi changer?... à moins d'une énorme   incompatibilité médecin-malade... est-ce si fréquent je ne le   crois pas...

Et pour changer  il faut un nouveau contrat... une démarche de   plus...toujours plus d'administratif...

Certaines personnes âgées m'ont même reproché de ne pas avoir   immédiatement succédé au médecin pourtant décédé brutalement et   moi honorant mes remplacements estivaux... "vous comprenez 3  mois  c'est trop long sans médecin...et puis il fallait choisir  vite..  alors  nous sommes désolés..."

La politique d'une régulation géographique des installations  est  en place !!!! elles est là!!!

Installez-vous en zones dites médicalement sinistrées et vous   travaillerez !!

Installez-vous en zones non sinistrées mais pas cependant   surmédicalisée et vous y laisserez de plumes!!! c'est mon cas...

Ne pensez même pas à vous installez dans une grande ville...

Voilà l'expérience vraiment vécue par un jeune installé...qui   retournera à son activité fort confortable de remplaçant dans   quelques mois... si rien ne se passe... faut-il encore y croire...!

Dr Khalfallah Marwane.


PS:  au cas ou vous l'auriez remarqué mon patronyme n'est pas   trop "local"... et la question d'une influence quelconque de ce   dernier sur mon expérience depuis 4 mois  peut être évoqué et   ne  me choque pas... mais honnêtement je ne le pense pas...je  n'est  jamais rien ressenti de ce genre en 5 ans de  remplacements  souvent en milieu  rural et lorsque je   remplaçais mon  prédécesseur il existait vraiment une sympathie  de la part des  patients qui nombreux me motivaient " il faut  des jeunes...  installez-vous...". Par ailleurs je suis né en  France, je suis  diplômé de la faculté de Toulouse et j'ai la  malheureuse chance  de ne pas présenté de délit de faciès... A  bon entendeur..