Un peu d'histoire pour les "camionneurs de garde" . Le 29 novembre 2001
tombait le fort de qala-e -jangi, forteresse à quelques kilomètres de Mazar-
e -Charif. 470 talibans avaient accepté le principe d'un armistice auprès du
géneral Dostom, chef de guerre allié des américains.
Sur les 470, 380 furent massacrés, de l'arme blanche au missile air-sol,
suite à la maladresse verbale d'un agent de la CIA qui les traita comme des
chiens. L'agent de la CIA fut lui même déchiqueté dans la bataille.
Il eut fallu que beaucoup d'entre nous voient comment les "forces du bien"
de l'alliance du Nord, une fois le massacre terminé, s'empressèrent d'
arracher les chaussures des cadavres. Un bien plus précieux là-bas que les
Kalaschnikov , fournies gratuitement.
Au dessus des têtes, au dessus des pieds, résonnait , comme dans "
Apocalypse now" le ballet des avions furtifs américains à 10 millions de
dollars l'exemplaire.....
Hier soir à Toulouse Gilles Bardelay, le fondateur de Prescrire, est venu
nous expliquer que "tout ce qui brillait n'était pas de l'or", que
"l'innovation n'était pas le progrès" et qu'il fallait recentrer le soin sur
le malade. Il nous a expliqué , avec le génie qui est le sien, la faillite
des décideurs politiques devant les industriels. Il nous a expliqué que
Bruxelles vient de casser l'interdiction de la vente des amphétaminiques
anorexigènes, au simple fait que cet interdit bafouait les lois du commerce.
Il nous a expliqué qu'à 75%, le financement des agences du médicament était
assuré par les industriels eux-mêmes .
L'enjeu des prochaines années pour la France "politique" n'est pas celui de
la permanence médicale à Sainte- Foy- de- Peyrolières ou à Rueil Malmaison
( "de garde" ). Il est celui de la part d'imprégnation, par l'industrie
française, du marché du médicament. Il est celui de la lutte d'influence
entre une sécurité sociale à bout de souffle , qui se fixe des moyennes
horaires ( dans son beau "bahut d'Etat") sans savoir où elle va, et des
"milices privées" qui n'attendent que le signal pour faire de la santé
déregulée l' oléoduc du pétrole sanitaire, "l' alpaguistan" d'un Occident
qui a si peur de la mort, et prend si peu soin de la vie.
Tandis que nous redoublons, avec la Caisse, d'assiduité à marquer
dextropoxyphène paracétamol comme di-antalgique des dépenses de santé, les
drones de l'innovation commencent à voler au dessus de nos têtes de
co-scribes " à gants". Chaque année, il est prévu, par étourderie, ou par
programmation cynique, que des médecins de plus en plus hagards, épuisés par
une raréfaction, tant liée aux politiques suivies, qu'à l'instinct légitime
des jeunes à éviter les "guerres sales", prescrivent quatorze heures de
suite et en toute irresponsabilité collective les molécules "de la vie", à
coups de Kalasch -innovent.
Et nous nous déchirons, au milieu de la forteresse assiegée, en bons soldats
d'aplomb, sur la semelle gauche de la déontologie, et la semelle droite de
la législation.... Cinquante euros la nuit blanche, le prix d'une mauvaise
paire de chaussures.
Pauvres petits soldats de garde, combattants "de l'intérieur" de leur
aliénation, aussi loin des véritables enjeux que leurs pauvres otages, nos
patients, toujours prêts à applaudir les libérateurs de leur libido, ou les
inhibiteurs de leur sérotonine, "pourvu que les soldats restent joignables
le samedi après-midi...."
Pauvres soldats de( l'arrière ) garde....