Les faits :
Il y aurait dautres choses à dire sur ce dossier.
En effet japporte actuellement mes soins à un petit garçon de 12 ans qui a été victime dun accident de la circulation en 1997 avec comme résultat la jambe gauche écrasée sur laquelle il a été nécessaire de pratiquer une amputation sous le genou au vu des dégâts vasculaires existants.
Comme souvent, le miracle du dynamisme de lenfant aidant, tout sest bien déroulé et le petit garçon en question mène une existence aussi turbulente que possible comme il est normal à son âge avec football, etc...
Jusqu'à ces derniers temps où il a été nécessaire de changer sa prothèse et où jai vu, atterré, que nous rentrions à nouveau dans un cycle de négligences inadmissibles de la part de services médicaux dits spécialisés.
On a donc eu droit au sabot de la prothèse trop petit pour que lenfant mette son moignon avec son manchon de coton.
Résultat rapide : le petit garçon la mis sans ce manchon, avec au bout de quelques jours, une irritation cutanée tout à fait majeure lempêchant totalement de mettre sa prothèse.
Ensuite la prothèse sest dévissé sans que personne nait donné la moindre indication de surveillance à la mère ce qui fait que lenfant a marché durant un mois en claudiquant de plus en plus avec là encore une irritation importante.
Et jen passe, car cest sans fin.
Enfin que dire de cette prothèse et de son aspect pour un enfant de cet âge ?
On a honte vis à vis de cette enfance, de voir quen lan 2002 dans notre société française de pléthore de tout, qui dégouline sous les biens et les richesses, quon ne peut dans le cadre de notre protection sociale proposer que cela : une prothèse de jambe qui ne dépareillerait pas un hôpital de campagne de poilus de la guerre de 14-18, « modèle 1915, adapté 16 ».
Cest là littéralement une prothèse « de vieux » « adaptée » comme une pièce rapportée sur un enfant de 12 ans, avec sa couleur, sa taille, et le poids correspondant...
Les matériaux sont épouvantables quant à laspect, et heureusement que lenfant et sa magie ne sattarde pas à ces détails.
Mais quand même ne peut on pas là encore faire mieux ?
Il ny a pas 6 000 enfants amputés en France : et même si cétait le cas ne peut on pas faire mieux techniquement parlant ?
Cet enfant a un jour cassé sa prothèse dont la lourdeur et le manque de souplesse saccommodent mal dune vie normale de petit garçon.
Il nest pas prévu bien sur par notre administration de la santé, dont nous connaissons tous la grande chaleur humaine et l'imagination, de seconde prothèse automatique - de remplacement pour les enfants.
Ce petit garçon a donc du attendre 6 semaines la réparation de sa prothèse, en allant à lécole avec des béquilles et le moignon de sa jambe pendant dans sa jambe de pantalon.
Je ne pense pas que cela soit un plus pour ce brave petit garçon et son entourage et je persiste à trouver tout cela extrêmement choquant.
Surtout quand on voit que cette jambe artificielle « de poilu » est facturée 1372 euros à lassurance maladie et que le manchon en mousse banale ( un tube creux de 15 cm de large sur 30 cm de haut ) qui sinsère dans la prothèse et où lenfant viendra mettre son moignon et son manchon de coton est facturé quant à lui prés de 153 euros.
Il me paraît tout à fait fou que les enfants de notre pays qui rentrent malheureusement dans cette catégorie du fait des circonstances de la vie se trouvent placés dans les faits au même niveau que ceux de lAfrique équatoriale ou de pays sous perfusion humanitaire.
Docteur Jean-Marie Gendarme