- « Paroles, paroles, paroles ! » diront certains. Pourtant la nouvelle
définition de la médecine générale établie par la World Organisation of
National Colleges and Academies of family Doctors et l'European Academy of
Teachers in Général Practice et reprise lors des journées de la médecine
générale est un véritable retour ou une véritable avancée selon le regard
que l'on a sur l'exercice actuel de la médecine générale.

- Identifier la médecine générale non comme un patchwork juxtaposition à
la carte de taches type « un peu de tout sur tout » mais comme une entité
uniciste, globale, scientifique, culturelle, structurelle, c'est mettre la
médecine générale au rang de spécialité sans pour autant singer les
spécialités d'age, de technique, d'organe, ou de sexe. Identifier les
caractéristiques de la médecine générale comme le premier accès non limité
au système de soins, l'approche centrée sur la personne, orientée sur l'
individu sa famille sa communauté ; mettre en évidence l'incontournable base
relationnelle personnalisée- médecin et malade- construite dans le temps,
la globalité, la durée, la continuité; reconnaître la synthèse, la
coordination, l'éducation, la dominance de l'approche clinique; tout cela c'
est esthétiquement parfait. C'est non seulement intellectuellement jouissif
mais aussi d'une justesse fondamentale pour légitimer l'existence et la
nécessaire pérennité de la médecine générale pour l'efficience des soins.
Effectivement individu ou système de soins sont inévitablement confrontés
aux 5 réalités suivantes.1- Faire observer par le patient les stratégies
médicales proposées.2-Adapter de façon personnalisée et pertinente les
possibilités médicales.3- Inscrire les actions santé de l'individu dans le
cadre d'un projet global, construit, durable.4- Aider l'individu à gérer ses
affects comportementaux vis à vis de sa santé, de son corps, de son esprit.
5- Réaliser une cohérence des actions de soins des différents acteurs sur un
même patient. La solution à ces 5 problématiques passe par un référent qui
doit associer plusieurs caractéristiques: 1°) Aborder en premier recours l'
ensemble des problèmes de santé quel que soit l'âge, le sexe, la pathologie
d'un patient.2°) Avoir une position permettant d'aborder un problème de
santé dans la globalité , la durée, la synthèse, la coordination.
3°)Construire et entretenir une relation personnalisée - malade et
médecin-.4°) Connaître le patient, lui être disponible et agir dans son
environnement.
On peut tourner le problème comme l'on veut mais seul le médecin généraliste
traitant spécifique à chaque patient dispose de l'ensemble de ces éléments.
Et c'est là la seule raison qui justifie la médecine générale plutôt qu'un
système fait que de spécialistes d'organes, d'age, de sexe et de
techniciens généralistes de médecine.

- « Parole, parole, parole ! » diront d'autres. Effectivement à quoi sert
une belle définition si le système de soins, la formation, le comportement
des patients et des acteurs de soins, ne permettent pas à une telle
définition de se vivre au concret sur le terrain? Comment cette médecine
générale peut elle être efficace dans un système collectif de soins qui
refuse de réguler les acteurs, les comportements des patients, entre soins
primaires secondaires et tertiaires, valorisant plus la concurrence que la
complémentarité, le marché plus que la juste utilité? Comment cette
médecine générale peut elle répondre à cette personnalisation, globalité,
durée, disponibilité à l'heure où l'on veut dépecer, y compris
économiquement, le contenu de sa consultation, où via réseaux thématiques
mal pensés, hypertrophie perverse de la notion d'urgence et de permanence
de soins, on déstabilise et déstructure complètement la disponibilité vis
de la patientèle au sens relationnel du terme ? Comment cette médecine
générale peut elle revendiquer ses légitimes droits et besoins sans une
reconnaissance d'une représentation spécifique, d'un contrat spécifique
avec la collectivité?

Les mots sur la médecine générale sont donc jolis. Pour autant le chemin qui
la fera vivre collectivement, durablement, est encore long, pour de pas dire
celui des Don Quichotte, tant cela donne l'impression de ramer à contre
courants des projets des sociopolitiques, de beaucoup d'institutionnels de
la profession et du marché, projets qui sont totalement contradictoires et
inadaptés aux exigences de la définition de la médecine générale.

DR Georges JUNG
37 BD Gambetta
60200 COMPIEGNE


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