Les origines du conflit des médecins de Tahiti :
Le conflit fait suite au projet de la Caisse de Prévoyance Sociale (CPS) de combler « l'important déficit » du département assurance maladie de la Caisse. Le Conseil d'administration de la Caisse, approuvé par le gouvernement territorial, a, en effet, proposé aux médecins une nouvelle convention qui limiterait à l'année le nombre de leurs consultations. Cette convention prévoit aussi l'utilisation de la feuille de soins électronique, un document que les médecins refusent car il pose, disent-ils, « un grand problème de confidentialité ».
Le conflit a débordé le secteur médical lorsque le 10 avril 2003 le président du gouvernement, le sénateur Gaston Flosse, dans un discours à l'ouverture de la session administrative de l'assemblée de Polynésie, a condamné l'attitude des médecins en Polynésie, citant « les revenus excessifs » de l'un d'entre eux ou « les 9.870 jours d'arrêt de travail donnés en 2002 » par un autre.
Les syndicats des médecins ont, pour leur part, estimé « caricaturales et injurieuses ces accusations, des mensonges, ont-ils ajouté, qui touchent et pénalisent toute la profession. » Dans leur plate-forme de revendications, les médecins de Polynésie réclament la création d'un Conseil supérieur des professions médicales et la modification de la Convention sur la maîtrise des dépenses de santé.
Lopposition au gouvernement local se range du côté des médecins. Le parti autonomiste SETIA-API condamne la majorité et le gouvernement aussi bien « pour ses critiques injustes que pour son refus de trouver une issue à cette crise ». Le nouveau parti indépendantiste TE HONO fondé par l'ancien président de la ligue des droits de l'Homme en Polynésie, l'avocat Stanley Cross, lance un avertissement : « faire des médecins les seuls responsables des difficultés du secteur santé est une erreur mais aussi une faute. On cherche à diviser notre communauté et à dresser les uns contre les autres (
) puisque plus de 90% des médecins en Polynésie sont d'origine métropolitaine ». Enfin, le conseiller non inscrit Loïc Brigato s'inquiète, lui, de « l'inexplicable augmentation des dépenses de santé (dont l'origine pourrait se trouver) dans la privatisation malheureuse par la CPS du service d'évacuation sanitaire vers la métropole et la Nouvelle-Zélande. »
NB : En 2002, un rapport du Conseils économique, social et culturel de Polynésie (CESC) notait que « la maîtrise des dépenses de santé ne pouvait s'orchestrer par des discours, de la démagogie ou des mesures de rétorsion catégorielles. »