Compte rendu de l’intervention de Jean François Mattéi (15/12/2002 Europe1)
Les médecins ont été l'objet de vives critiques de la part de leur ministre de tutelle, qui s'est dit "très choqué" que le rendez-vous soit reporté au 17 janvier : "Il me semble que les périodes de fin d'année ne doivent pas compter lorsque l'enjeu est de cette sorte (…) Je ne sais pas ce que cela traduit mais je vais certainement me manifester pour dire qu'on doit forcer le pas". M. Mattei a aussi coupé court à l’appel de certains syndicats médicaux à une "impulsion politique" : "J'ai à peu près 150 M EUR de disponibles pour répondre aux mesures nouvelles des médecins sauf à ce que eux-même aillent vers un déficit accru (c'est à dire qu’) ils compromettraient le système qui les fait vivre et dans lequel ils sont ". De plus, M. Mattei a insisté sur la nécessité de "différencier les spécialistes (…) Il y en a qui ont besoin d'urgence d'être revalorisés parce qu'ils gagnent leur vie seulement avec leur sens clinique comme les pédiatres, les psychiatres (…) Aujourd'hui, il faut trouver avec les médecins, sans contrainte naturellement mais par un contrat normal (un accord prévoyant une) augmentation (contre une) diminution du nombre d'actes (…) il ne faudrait pas non plus parler toujours seulement des médecins, il y a aussi les infirmières, les kinésithérapeutes et tous les autres et il faut partager (or, nous disposons au maximum de) 250 à 300 millions d'euros de marge de manoeuvre pour l'ensemble des professions". Ainsi, six mois après avoir oeuvré pour que les généralistes obtiennent la consultation à 20 euros, M. Mattei se pose en ministre de toutes les professions de santé et refuse toute nouvelle intervention sur la sécurité sociale pour soutenir les revendications des médecins.
Concernant la démorgraphie médicale, Jean-François Mattei a déclaré qu'il allait "jouer sur la répartition des postes à l'internat pour donner un coup de pouce aux spécialités" qui souffrent le plus de pénurie (notamment les obstétriciens, les pédiatres, les anesthésistes-réanimateurs, les chirurgiens et les psychiatres) "dès la prochaine rentrée".
A propos des dépenses d’assurance maladie, le ministre de la Santé a ébauché plusieurs pistes destinées à "responsabiliser les patients" : "Il faut que les Français s'enlèvent de l'esprit que quand ils vont dans une pharmacie ou chez médecin, c'est tout gratuit (…) Je pense qu"il serait peut-être souhaitable que tous les trois mois les assurés sociaux reçoivent un relevé des dépenses médicales qu'ils ont faites. Peut-être qu'alors ils réaliseraient que malgré tout ça représente une certaine somme (…) il faut probablement qu'il y ait moins de gaspillage et moins d'abus (…) Ma démarche est d'essayer de voir là où il y a des dépenses injustifiées. Je veux faire la chasse à ce qui n'est pas compatible avec la meilleure rentabilité de notre argent commun, à tous, dans notre système de santé". Il a aussi insisté sur l'importance du "dossier médical partagé" du patient, qui devrait selon lui permettre une meilleure complémentarité des professionnels de santé. Pour les médicaments dits "de confort", le ministre a prôné l'automédication : "Les gens vont acheter des médicaments qui leur procurent un petit mieux être et je crois que cela, la solidarité nationale n'a pas à le prendre en charge".
A la question de savoir s'"il faut que les syndicats restent" dans la gestion des caisses si le paritarisme n'existe plus (NB : Medef et de la CGPME ont quitté le CA des caisses maladie en octobre 2001), Jean-François Mattei a répondu : "La question se pose de leur légitimité s'il n'y a plus les patrons (Je suis) assez favorable à ce que le patronat revienne parce que je sais qu'il est porteur de réformes et qu'il peut être moteur de la réforme". M. Mattei doit recevoir en début 2003 un rapport de Jean-François Chadelat sur "les champs de compétence de l'assurance de base et de l'assurance complémentaire" et entend ouvrir le chantier de la "gouvernance" de la Sécu dans le semestre à venir : "Nous allons concerter, recevoir la proposition des uns et des autres et voir comment nous réorganisons notre système et qui est aux commandes (…) Est-ce que l'Etat doit en faire un peu plus? Est-ce que des opérateurs de soins doivent en faire un peu moins? (Pour ma part, je ne veux) ni d'un système totalement étatisé à la britannique, ni totalement privatisé à l'américaine".

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