Le moratoire à l'installation divise la profession (Quotidien du Médecin, 03.11.05) Les jeunes médecins généralistes ont gagné une première manche à propos du moratoire pour l'application du dispositif du médecin traitant. Lors de l'examen du projet de loi de financement de la Sécu (Plfss 2006) en première lecture, les députés ont écarté l'amendement Domergue qui voulait réserver le bénéfice du moratoire aux nouvelles installations de médecins généralistes dans les zones reconnues déficitaires en offre de soins. Ce moratoire, réclamé notamment par le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) depuis janvier 2005, doit aider les omnipraticiens nouvellement installés ou réinstallés à se constituer une patientèle. Il consiste à exonérer leurs malades de la majoration du ticket modérateur, même en dehors du parcours de soins. Le Snjmg se déclare satisfait du retrait de l'amendement Domergue, mais il dénonce dans un communiqué les « incessants changements de position » de la CSMF et l'attitude « moins louvoyante mais plus cynique » du SML dans ce dossier. Ils traduisent, selon lui, « le mépris » des syndicats médicaux signataires de la convention vis-à-vis des jeunes médecins généralistes. Pour Sandrine Buscail, présidente du Snjmg, les jeunes généralistes se posent « des interrogations » et ont besoin de « réassurance » pour se décider enfin à s'installer dans le contexte actuel. « On ne peut pas poursuivre dans ce climat s'il n'y a pas de gestes de solidarité entre nous et nos aînés », fait valoir le Dr Buscail. Un principe admis. « C'est un procès d'intention », rétorque Michel Combier, président de l'Union nationale des omnipraticiens français (Unof-Csmf). Si l'amendement Domergue est « sorti du Plfss », explique-t-il, « ce n'est pas sous la pression du SNJMG, mais parce que la Csmf a travaillé ». Dinorino Cabrera, président du Syndicat des médecins libéraux (SML), affirme que ses jeunes confrères du Snjmg « n'ont rien compris » à ses déclarations relatives à la régulation des installations. « L'augmentation du numerus clausus sans régulation est une stupidité », estime le Dr Cabrera, qui en veut pour preuve le phénomène de dévalorisation à terme des cabinets dans les zones médicalement surdotées. Quoi qu'il en soit, si le principe du moratoire est acquis, les syndicats sont très partagés sur sa durée. Le Snjmg souhaite un « moratoire de sept ans », tandis que la dérogation au dispositif médecin traitant ne devrait pas durer plus de « cinq ans » pour la Csmf et « deux ans » pour le SML. Agnès BOURGUIGNON