Inquiétude chez les jeunes généralistes : Polémique sur une simplification du remplacement en médecine (Le Quotidien du Médecin du 12.09.05) Une ordonnance d'août 2005 sur la simplification du remplacement en médecine (y compris, en cas de crise, par des étudiants sans expérience pratique) soulève la polémique. VOILA une procédure de simplification qui complique un peu la donne. Et crée une polémique au sein du corps médical. L'article 8 de l'ordonnance du 26 août 2005 sur l'organisation de certaines professions de santé permet au ministre de la Santé, « lorsque les besoins de la santé publique l'exigent », et après avis des conseils départementaux de l'ordre, d'autoriser pour une durée limitée l'exercice de la médecine par des étudiants ayant validé leur deuxième cycle des études médicales (Dcem). En clair, des carabins tout juste inscrits en troisième cycle, donc sans expérience pratique en médecine ambulatoire, pourraient être plus facilement recrutés en cas de crise ou de catastrophe sanitaire soit au titre de remplaçant, soit comme adjoint d'un médecin en cas d'afflux exceptionnel de population. Un décret doit fixer le « niveau d'études exigé selon la qualification du praticien remplacé », la durée maximale des autorisations et les conditions de leur prorogation. Deux poids, deux mesures. Paradoxe : cette autorisation exceptionnelle d'exercice est accordée à des étudiants alors que de jeunes médecins ne peuvent plus remplacer trois ans après la fin théorique de leur internat (Tcem) lorsqu'ils ne sont pas thésés. Un délai qui ne tient pas compte des périodes de maladie ou de maternité et prive chaque année des internes expérimentés et des médecins thésards de la possibilité de remplacer. Pour le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (Snjmg), cette ordonnance de simplification « fait reculer des années en arrière, à l'époque où n'importe quel étudiant ayant validé son deuxième cycle pouvait remplacer en médecine générale sans exciper de la moindre formation dans cette discipline ». Le SNJMG dénonce une « dévalorisation de la médecine générale » (de très loin la principale discipline concernée par le remplacement), qui vient pourtant de gagner ses galons de spécialité avec la réforme du concours de l'internat. Au ministère de la Santé, on calme le jeu. « Il ne s'agit pas d'élargir la possibilité de remplacer à des étudiants sans expérience. Cette éventualité, qui existait déjà mais n'était jamais appliquée, restera de toute façon exceptionnelle, en cas de crise, affirme-t-on au cabinet de Xavier Bertrand. La nouveauté, c'est surtout que l'on simplifie la vie des étudiants de troisième cycle qui font des remplacements courants, en supprimant l'autorisation préalable par le préfet, et en laissant l'Ordre concerné statuer. C'est un allégement des formalités. » Anticiper. Du côté de l'Ordre, on relativise également en replaçant cette affaire dans son contexte. « Il ne s'agit surtout pas de permettre le remplacement à n'importe qui, tranche le Dr Jean-Jacques Kennel, secrétaire général adjoint du Conseil national de l'Ordre des médecins. Mais cette simplification des procédures est arrivée au moment de la discussion sur les risques nucléaires, biologiques ou chimiques. Il est clair que, en cas de crise sanitaire, de catastrophe naturelle ou même d'attentats, toutes les forces de la nation doivent être rapidement utilisables, y compris les compétences, mêmes minimes, de jeunes médecins. Imaginez que ce qui arrive en Louisiane se passe en France, on sera content d'avoir anticipé et prévu les textes... » Ce début de polémique sur le remplacement intervient alors que nombre de jeunes médecins généralistes sont déjà mécontents que le gouvernement ait accordé la possibilité aux spécialistes d'assurer la fonction de médecin traitant. Une décision qui, estiment-ils, nie totalement la spécificité de la médecine générale et de ses missions. Pour le Snjmg, le recrutement d'étudiants sans expérience pour faire des remplacements serait un autre mauvais coup porté contre la médecine générale. Une discipline qui a déjà beaucoup de mal à attirer les étudiants, et pour laquelle des centaines de postes à l'internat risquent de se retrouver vacants CYRILLE DUPUIS