Après le « non » au référendum, les médecins libéraux restent sereins (Quotidien du médecin, 01.06.05)

LA CAMPAGNE référendaire, son résultat et son taux de participation ont fait réagir l'ensemble des leaders de syndicats de médecins libéraux. Pour le Dr Michel Chassang, président de la Csmf (Confédération des syndicats médicaux français), « la seule grande surprise de ce scrutin, outre le score massif du non, c'est l'ampleur de la participation qui témoigne de l'esprit civique des Français. J'ai cependant l'impression que l'Europe a été oubliée dans ce scrutin ». Au SML (Syndicat des médecins libéraux), le Dr Dinorino Cabrera parle pour sa part d'un « tsunami politique : les Français se sont passionnés pour ce débat, et le résultat m'interpelle car toute la classe politique en mesure d'exercer des responsabilités était pour le oui. Ces responsables politiques ont été balayés par des seconds couteaux partisans du non. Aujourd'hui, les Français ne croient ni en la droite ni en la gauche, si bien qu'on peut se poser la question : allons-nous vers plus de social, ou plus de libéral ? » De son côté, le Dr Jean-Claude Régi, président de la FMF (Fédération des médecins de France), n'est « étonné par rien dans cette élection ! Au cours de réunions de médecins dans les régions, j'ai entendu sur l'Europe des prises de position qui avaient de quoi surprendre ». Quant au Dr Pierre Costes, président de MG-France, il prédit un « bouillonnement social qui ne s'arrêtera pas de sitôt : on ne pourra pas remettre le couvercle sur la marmite. Nous sommes entrés dimanche soir en campagne électorale présidentielle, c'est l'occasion pour les syndicats, dont MG-France, de porter leurs revendications. A MG-France, nous exprimerons les attentes des 13 000 médecins qui ont répondu à nos questions ». Enfin, pour le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (Snjmg), la présidente Sandrine Buscail, qui précise en préambule que son syndicat est apolitique, note cependant « une corrélation entre les régions qui ont voté non massivement, et celles où les médecins rencontrent des difficultés à l'installation. Ce non a probablement des raisons plus sociologiques que politiques ».


Une crise globale.
Quant à la question de savoir si ce scrutin aura des répercussions sur la politique de santé en France, les avis sont partagés. Michel Chassang « n'imagine pas que le non modifie la politique de santé. Je pense que le gouvernement va mettre le turbo plutôt que d'appuyer sur le frein car les Français ont suffisamment reproché au gouvernement de tergiverser au lieu d'agir. Et ce d'autant plus que la réforme de l'assurance-maladie, pour ne citer qu'elle, n'est nullement en cause dans le non français au traité européen ». De son côté, le Dr Cabrera est partagé dans son analyse : « Certes, les déficits sont tels en matière de santé qu'un gouvernement, quel qu'il soit, ne pourra pas faire l'impasse sur la réforme de l'assurance-maladie. Mais la politique de l'assurance-maladie dépend pour une bonne part de la santé des finances publiques : si ce scrutin débouche sur un recul économique, il y aura un problème majeur car les économies attendues ne seront pas au rendez-vous. » Le Dr Cabrera souhaite par ailleurs que Philippe Douste-Blazy et Xavier Bertrand restent à leur poste : « Ils ont entrepris cette réforme capitale, ils ont la confiance du corps médical, et il faut laisser du temps à la réforme pour qu'elle s'applique ; ils feraient mieux de rester à la Santé pour suivre l'application de leur réforme. » Même point de vue du Dr Jean-Claude Régi : « Quand on met en place une réforme, il faut la porter à son terme, même si elle ne fait pas l'objet d'un plébiscite. Il vaudrait mieux que Philippe Douste-Blazy reste à son poste pour la mettre en œuvre. »
A MG-France, le Dr Costes juge pour sa part que le scrutin de dimanche peut avoir des conséquences sur la politique de santé. « Tout dépendra du futur ministre. Mais quel que soit le prochain, nous lui rappellerons que si la réforme de l'assurance-maladie fait théoriquement du médecin généraliste le pivot du système de santé, dans la réalité, ce médecin ne dispose ni de moyens ni d'outils pour être ce pivot. MG-France gardera le cap, appuyé par les réponses des 13 000 généralistes. » Enfin, pour Sandrine Buscail, du Snmg, « ce non est aussi la traduction d'un mécontentement national. La mise en place de la réforme de l'assurance-maladie a provoqué une polémique, il va falloir procéder aussi sereinement que possible à un debriefing sur ces questions. Mais le problème ne se limitera pas aux questions de santé, il s'agit d'une crise globale à grande échelle ».

HENRI DE SAINT ROMAN