Installation dans des zones sous-médicalisées : Les aides peinent à voir le jour
(Le
Quotidien du Médecin, 31.05.05)
La plupart des aides à l'installation pour les médecins libéraux désireux de
s'installer dans des zones sous-médicalisées sont toujours dans l'attente de
décrets d'application et de la détermination de leurs aires géographiques
d'élection par les missions régionales de santé. Qu'elles proviennent de la loi
sur les territoires ruraux de février 2005, de la convention médicale, de la loi
Jacob sur les PME (petites et moyennes entreprises, en discussion à partir de
juin à l'Assemblée), ou bien de la loi de réforme de l'assurance-maladie, ces
dispositions sont très attendues par les jeunes généralistes qui déplorent le «
maquis juridique » qui les entoure.
« AVEC 203 487 MÉDECINS, dont environ 100 000 généralistes, la France n'a jamais
compté autant de médecins. » Cette phrase de Philippe Douste-Blazy, lors de la
remise du rapport du Pr Yvon Berland sur la démographie médicale il y a quinze
jours, illustre bien le paradoxe français.
La France n'a en effet « jamais compté autant de médecins », et le problème -
car problème il y a - n'est donc pas celui de leur nombre, mais de leur
répartition. Raison pour laquelle les annonces d'aides à l'installation se
multiplient depuis quelques années, même si presque aucune n'est réellement
entrée en application.
Sophie Rachou, secrétaire général du Syndicat national des jeunes médecins
(SNJMG), juge « vraiment dommage que ces aides soient noyées dans un tel maquis
juridique ; les jeunes médecins en auraient bien besoin, mais il est difficile
de savoir lesquelles sont déjà opérationnelles ». Dès que la définition des
fameuses zones à faible démographie médicale aura été achevée,
l'assurance-maladie devrait publier une liste de l'ensemble des aides
effectivement disponibles.
« Le Quotidien » en propose d'ores et déjà un catalogue :
13 000 euros contre un engagement de cinq ans
Le premier round des mesures d'aides à l'installation commence en 2002, lors de
l'accord signé entre MG-France et l'assurance-maladie. Outre des majorations de
tarifs de consultation, cet accord prévoyait des aides à l'installation d'un
montant de 13 000 euros pour les généralistes qui s'engagent à exercer dans des
zones déficitaires pour cinq ans, en secteur I. La loi de financement de la
Sécurité Sociale (Lfss) de 2002 a fourni le cadre légal pour ces aides ; des
décrets d'application étaient indispensables à la mise en ˛uvre du dispositif
d'aides. Ces décrets ne sont jamais parus et ces aides sont restées lettre
morte.
Rémunération forfaitaire annuelle
La loi de réforme de l'assurance-maladie du 13 août 2004 aborde également les «
conditions dans lesquelles les praticiens libéraux (exerçant dans des zones
sous-médicalisées) bénéficient, en contrepartie, d'une rémunération forfaitaire
annuelle ». Mais cette loi laisse à la convention médicale le soin de fixer «
les modalités de calcul et de répartition, entre régimes, de cette rémunération
». Si bien que la dernière convention aborde elle aussi le chapitre des aides à
l'installation. Son article 2.1.2 prévoit « la possibilité d'aides forfaitaires
à l'installation : les parties signataires étudieront d'ici au 1er janvier 2006
les éventuelles modalités d'attribution d'aides dans le champ prévu par
l'article 49 de la loi du 13 août 2004 relative à l'assurance-maladie. » Ce
n'est donc pas pour demain. La même convention prévoit la possibilité, pour tout
médecin qui s'engagerait à exercer en montagne pendant trois ans, de signer un
contrat de bonne pratique lui garantissant un paiement forfaitaire par
l'assurance-maladie de 3 000 euros par an pendant ces trois années.
La convention a déjà fait l'objet d'avenants : l'avenant n° 4, qui définit
notamment la rémunération des médecins participant à la permanence des soins,
prévoit que des mesures spécifiques pourront être prises pour « prendre en
compte la particularité de la permanence des soins dans les zones géographiques
confrontées à des déficits démographiques ». Pour que ces mesures entrent en
application, cela suppose que soient définies ces fameuses zones où est constaté
un déficit démographique. Cette tâche est confiée aux missions régionales de
santé (MRS), créées par la loi de réforme de l'assurance-maladie. Elle aurait dû
être menée à bien à la fin du mois de mars dernier, selon les instructions d'une
circulaire ministérielle de janvier. Mais les MRS commencent à peine à se réunir
et, là encore, les médecins sont priés de patienter.
Le coup de pouce des collectivités territoriales
La loi sur les territoires ruraux, adoptée définitivement par l'Assemblée
nationale au début de l'année contient plusieurs dispositions d'aides à
l'installation. Son article 108 précise que « les collectivités territoriales et
leurs groupements peuvent attribuer des aides destinées à favoriser
l'installation ou le maintien de professionnels de santé dans les zones (...)
dans lesquelles est constaté un déficit en matière d'offre de soins. A cette
fin, des conventions sont passées entre les collectivités et groupements qui
attribuent l'aide, les organismes d'assurance-maladie et les professionnels de
santé intéressés ». Mais voilà, il faut attendre un décret en Conseil d'Etat qui
fixera la nature de ces aides. Quant aux zones dans lesquelles les généralistes
pourront prétendre à une aide, ce sont celles que doivent déterminer les
missions régionales de santé. L'article 108 de la même loi prévoit la
possibilité, pour les collectivités territoriales, d'accorder « des indemnités
de logement et de déplacement aux étudiants de troisième cycle de médecine
générale lorsqu'ils effectuent leurs stages dans les zones (...) dans lesquelles
est constaté un déficit en matière d'offre de soins ».
Les mêmes collectivités peuvent « accorder des indemnités de logement et de
déplacement aux étudiants de troisième cycle de médecine générale lorsqu'ils
effectuent leurs stages » dans les mêmes zones. De plus, « une indemnité d'étude
et de projet professionnel peut être attribuée par les collectivités
territoriales et leurs groupements à tout étudiant en médecine à partir de la
première année du troisième cycle, s'il s'engage à exercer comme médecin
généraliste au moins cinq années dans l'une des zones déficitaires. (...) Pour
bénéficier de cette aide, l'étudiant signe un contrat avec la collectivité qui
attribue l'aide ». Autant de dispositions qui nécessitent également la
détermination par les MRS des zones sous-médicalisées. Enfin, si un médecin
s'installe dans une commune de moins de 2 000 habitants ou dans une zone de
revitalisation rurale, il peut d'ores et déjà bénéficier de l'exonération de la
taxe professionnelle pour une durée de deux à cinq ans. Ultime disposition de la
loi sur les territoires ruraux, « la rémunération perçue au titre de la
permanence des soins exercée en application de l'article L. 6315-1 du code de la
santé publique par les médecins ou leurs remplaçants installés dans une zone
définie, en application de l'article L. 162-47 du code de la Sécurité Sociale,
est exonérée de l'impôt sur le revenu à hauteur de soixante jours de permanence
par an ». Là encore, la mise en place de la disposition est suspendue à
l'achèvement par les MRS de leur travail de zonage.
Le collaborateur libéral
Une autre aide à l'installation, même si elle n'est pas d'ordre financier, est
inscrite dans la loi Jacob sur les PME (petites et moyennes entreprises), qui
doit être discutée au mois de juin à l'Assemblée. Elle concerne le contrat de
collaborateur libéral, disposition très attendue par les médecins, qu'ils
exercent en zone rurale et souhaitent faire travailler un collaborateur qui
pourrait s'occuper d'une partie de leur clientèle ou qu'ils souhaitent
transmettre leur cabinet en douceur à un collaborateur qui pourrait devenir peu
à peu un successeur. A défaut de constituer une aide à l'installation, elle
serait une puissante incitation au maintien de la présence médicale dans les
zones sous-médicalisées.
HENRI DE SAINT ROMAN