La répartition des médecins : Douste-Blazy retient trois propositions du rapport Berland

(Le Quotidien du Médecin, 20.05.05)

Philippe Douste-Blazy a annoncé qu'il retenait « trois mesures majeures » du dernier rapport remis par le Pr Yvon Berland. Le numerus clausus sera porté à 7 000 l'an prochain et les épreuves classantes nationales devraient être régionalisées. Le ministre de la Santé a également demandé à l'assurance-maladie de mener une campagne à destination des médecins et des étudiants pour les informer des mesures d'incitations existantes pour s'installer dans des zones qui manquent de praticiens.

PHILIPPE DOUSTE-BLAZY a annoncé qu'il retenait trois propositions du rapport que lui a officiellement remis le Pr Yvon Berland, président de la commission de démographie médicale (« le Quotidien » du 3 mai). Le ministre de la Santé, qui avait demandé en novembre dernier au Pr Berland « d'analyser les dispositifs incitatifs susceptibles d'améliorer la situation actuelle », a tenu à rappeler que la France n'était pas à l'heure actuelle en situation de pénurie : « Avec 203 487 médecins, dont environ 100 000 généralistes, la France n'a jamais compté autant de médecins. » La densité médicale est de l'ordre de 340 médecins pour 100 000 habitants, mais elle pourrait tomber à 285 en 2025.
Pour prévenir ce déficit, Philippe Douste-Blazy a décidé de porter le numerus clausus de 6 200 à 7 000 dès l'année prochaine. Nouveauté : le ministre de la Santé a évoqué la mise en place de « quotas spécialité par spécialité, afin que les étudiants choisissent leur spécialité en fonction de leur rang de classement, mais aussi en fonction des spécialités dont la France a besoin ».

Régionaliser l'ECN.
Comme « 80 % des étudiants formés dans une région s'y installent », Philippe Douste-Blazy propose également « d'interrégionaliser » les épreuves classantes nationales (ECN) - l'ex-concours de l'internat réformé l'an dernier. Il a demandé à l'Observatoire national de la démographie des professions de santé (Ondps) de travailler pour que cette « mesure majeure pour une meilleure répartition des médecins formés » soit effective dès l'été 2006.
Le ministre de la Santé a également chargé l'assurance-maladie de mener à destination des médecins et des étudiants une campagne d'information sur les mesures d'incitation à l'installation dont le rapport a montré qu'elles étaient très mal connues.

Prudence syndicale.
Le rapport du doyen Berland a été diversement salué par les syndicats de médecins, qui ont été concertés lors de sa réalisation. MG-France souligne que « les outils proposés par la commission Berland sont au service d'une politique démographique, mais qu'elles ne peuvent s'y substituer ». Le syndicat juge nécessaire « de définir une politique démographique, dans un système de santé au préalable organisé sur des soins de proximité clairement identifiés, et disposant des moyens à la hauteur de leur mission ». MG-France regrette que les nombreuses mesures annoncées n'aient pas été mises en œuvre, « qu'il s'agisse d'aides à l'installation, pourtant négociées en janvier 2002 et provisionnées depuis par le Fonds de modernisation de la médecine libérale (Formmel) ou pour facilité le remplacement pour les médecins des zones rurales notamment ». Le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) est en gros satisfait des mesures énoncées dans le rapport et se réjouit de ne pas y trouver des mesures coercitives à l'installation. Il s'interroge pourtant sur les suites qui seront données à ce rapport : « Manifestement, les différents ministres de la Santé s'avèrent jusqu'à présent incapables de mettre en place une politique positive et volontaire en matière de démographie médicale et restent obnubilés par le seul critère quantitatif. Si l'on veut éviter l'écueil démographique, la désertification des zones rurales ou de certaines zones urbaines, la seule augmentation du nombre de médecins ne suffira pas par elle-même. » L'ISNAR -IMG est satisfaite de l'ensemble des mesures énoncées. Les résidents déplorent néanmoins « l'absence de réelle reconnaissance universitaire et professionnelle de la médecine générale qui jette une ombre sur l'utilité de ce rapport ».

CHRISTOPHE GATTUSO