Démographie médicale : et maintenant que va-t-on vraiment faire ? (Journal International de Médecine, 19.05.2005)

Lorsqu’on se penche superficiellement sur le problème de la démographie médicale, on pourrait avoir le sentiment que les syndicats de tous bords ont longtemps agité le chiffon rouge et que ce n’est que très récemment que les pouvoirs publics ont daigné s’intéresser à la chose. La réalité est quelque peu différente. Dès 1996, les rapports ministériels de Choussat et Coudreau lancent le signal d’alarme. Mais ces exhortations à considérer le risque de la désertification médicale dans certaines régions rurales ne sont pas entendues. Et la même malédiction semblera peser sur tous les rapports et notes publiés jusqu’alors sur la question. Lorsqu’un frémissement d’application semble survenir, l’absence de publication des règlements adéquats est un frein supplémentaire. C’est ainsi que le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) remarque dans un communiqué daté du 17 mai : « Les aides financières à l’installation, pourtant négociées en janvier 2002 et provisionnées depuis par le Fonds de Modernisation de la Médecine Libérale (FoRMMeL) n’ont toujours pas été débloquées, faute de textes réglementaires d’application ». Aussi, quand le rapport du professeur Yvon Berland officiellement remis hier au ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy constate que de nombreuses mesures d’aide à l’installation existent déjà mais qu’elles sont mal connues des étudiants, il nous vient à penser qu’encore faudrait-il qu’elles soient connues de l’administration elle-même.
Le sentiment d’être face à un rapport bien fait et qui rend compte avec justesse de la situation actuelle de la démographie française mais que ce travail pourrait bien ne conduire à aucune réelle amélioration est partagé ce matin par de nombreux observateurs. Ainsi peut-on lire sous la plume de Jacques Guyon dans La Charente Libre : « Il s’agit de passer du diagnostic au traitement, de faire que ce énième rapport ne reste pas une posologie enterrée au fond d’un tiroir ministériel ». De même, le SNJMG prévenait déjà mardi : « Les rapports officiels sur le sujet s’accumulent mais ils restent longtemps et/ou souvent lettre morte » avant d’ajouter plus loin avec sévérité : « Manifestement, les différents ministres de la Santé s’avèrent jusqu’à présent incapables de mettre en place une politique positive et volontaire en matière de démographie médicale ».
Faisons quand même le rêve que les mesures les plus attendues et les plus audacieuses de ce rapport voient le jour dès les prochains mois. Le SNJMG est notamment particulièrement attaché aux diverses propositions qui concernent « l’évolution du cadre et des modes d’exercice ». Concernant la possibilité pour les médecins, à l’instar de nombreuses autres professions libérales, de jouir du statut de « collaborateur libéral », l’affaire semble plutôt bien lancée. En effet le projet de loi Jacob en faveur des Petites et moyennes entreprises (PME), qui sera examiné par le Sénat en juin « comporte un article 15 qui étend à toutes les professions libérales le statut de collaborateur libéral », comme l’indique la fiche 4 sur la démographie médicale disponible sur le site du ministère de la Santé. La mesure pourrait se révéler incitative car elle permet aux jeunes médecins d’éviter les « contraintes d’une installation à part entière (…). C’est une mesure qui peut faciliter une acclimatation en douceur dans une zone sous-médicalisée », espère encore le ministère.
M.P.