La
répartition géographique des médecins inquiète
(NOUVELOBS.COM , 18.05.05)
Un rapport sur l'installation des médecins en France remis mercredi au ministre
de la Santé pointe un risque de "désertification médicale".
Un rapport remis au ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy et devant être
rendu public mercredi 18 mai dans l'après-midi met en garde les pouvoirs publics
contre une "désertification médicale", compte tenu des déséquilibres constatés
dans l'installation géographique des médecins en France.
Selon cette étude sur la démographie médicale dans l'Hexagone, menée par une
commission médicale dirigée par le Pr Yvon Berland, des disparités très
importantes existent et se creusent entre les villes et les cantons ruraux mais
aussi entre le Nord et le Sud, rapporte mercredi "Le Parisien/Aujourd'hui en
France".
Ainsi, Ile-de-France et Provence-Alpes-Côte d'Azur continuent d'attirer aussi
bien généralistes que spécialistes et l'on compte, par exemple, 456 médecins
pour 100.000 Franciliens contre seulement 256 en Picardie.
"Cantons ruraux" touchés
S'agissant des généralistes, les disparités s'aggravent "au détriment des
cantons ruraux", selon le constat de la commission Berland. Les spécialistes
sont pour leur part attirés par le Sud puisque leur densité "varie du simple au
double entre la Picardie et Provence-Côte d'Azur".
Notant que "les raisons du risque d'une désertification médicale sont
plurielles", avec en particulier des changements de comportement par rapport aux
générations précédentes, le rapport préconise une "aide financière" pour les
jeunes médecins qui acceptent de s'installer dans des "zones déficitaires".
Le temps des médecins de famille disponibles à toute heure semble bel et bien
révolu. "Les plus jeunes médecins, qui sont et qui seront de plus en plus des
femmes, souhaitent consacrer du temps à leur vie familiale et avoir une vie
sociale identique à celle de leurs congénères", observe le rapport, cité par le
quotidien.
Hausse du numerus clausus
Tout en proposant une série de mesures, dont certaines ont d'ores et déjà
retenues par le ministre de la Santé, la commission Berland reconnaît qu'il sera
difficile d'inverser la tendance dans la mesure où la médecine est une
profession libérale.
Soucieux de ne "pas laisser la situation se dégrader", notamment dans les zones
rurales, Philippe Douste-Blazy annonce dans un entretien au Parisien/Aujourd'hui
que le nombre d'étudiants en médecine sera porté à 7.000 l'an prochain.
Il ajoute que l'organisation des études de médecine sera modifiée pour
"fidéliser les étudiants de deuxième cycle dans la région où ils font leurs
études". Pour le ministre, cette mesure permettra de retenir les nouveaux
médecins dans la région où ils ont été formés et de lutter contre le manque de
médecins dans les zones les moins attractives.
"Satisfaction globale"
Philippe Douste-Blazy rappelle d'autre part que des incitations financières
existent déjà pour pousser les médecins à exercer dans les "zones médicales
défavorisées", regrettant que "personne ne les connaisse". "Je vais demander à
la caisse d'assurance-maladie de lancer une campagne d'information" sur le
sujet, dit-il.
Le Syndicat national des jeunes médecins (SNJMG), qui a participé à
l'élaboration du rapport Berland, a exprimé sa "satisfaction globale" quant au
contenu du document, tout en s'interrogeant sur les suites qui y seront données.
"Les rapports officiels sur le sujet s'accumulent mais ils restent longtemps
et/ou souvent lettre morte", constate le SNJMG dans un communiqué.
"Si l'on veut éviter l'écueil démographique, la désertification des zones
rurales ou de certaines zones urbaines, la seule augmentation du nombre de
médecins ne suffira pas en elle-même et la coercition s'avérera inéluctablement
contre-productive".