Nombre de postes ouverts à « l'internat » : la Commission nationale des études médicales sévèrement recalée ! (Journal International de la Médecine, 22.02.05)

 

La Commission nationale des études médicales (CNEM), qui pourrait être remplacée l'année prochaine dans ses principales missions, qui consistent à établir le nombre de postes à pourvoir chaque année par les carabins selon leur niveau d'étude, par  l'Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS) et le Comité de démographie médicale, a manqué ses dernières classes. Les propositions qu'elle vient de faire à l'occasion de sa réunion annuelle concernant le nombre de postes ouverts à « l'internat 2005 » (aujourd'hui Examen national classant, ENC) ont en effet provoqué l'ire de très nombreuses organisations syndicales, qui y voient toutes d'importants motifs de colère.

 

Ce sont tout d'abord les 2 193 places de médecine générale, comparées aux 1 841 de l'année dernière qui ont fait couler beaucoup d'encre.

Certes, le rapport entre places en médecine générale et postes ouverts dans les différentes spécialités met aujourd'hui les deux filières à égalité, mais pour le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG), MG-France et l'Intersyndicale nationale autonome représentative des internes en médecine générale (ISNAR) il s'agit d'une égalité en trompe l'oeil. C'est ainsi qu'on pouvait lire le 16 février dans un communiqué du syndicat MG-France : « Nous considérons que la proposition de la Commission des études médicales de passer de 36 % de MG formés en 2004 à 50 % en 2005 est largement insuffisante. Car il s'agit de chiffres théoriques qui ne tiennent pas compte des redoublements, réorientations ou refus de choix aboutissant au final à un rapport effectif de 60 % de spécialistes pour 40 % de médecins

généralistes sur les 4 393 étudiants concernés ». Le SNJMG, MG-France et l'ISNAR partent du principe que pour pallier la désaffection des étudiants pour la médecine générale, qui ont laissé plus de 600 postes vacants l'année dernière, il faut augmenter plus significativement encore le nombre de places offertes en médecine générale. Le calcul de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) est tout autre : « Avec 609 postes vacants l'année dernière, et 350 places en plus cette année, à combien va se chiffrer le déficit : 1000 places », s'interroge le syndicat dans un communiqué daté du 20 février qui constate que : « S'il faut reconnaître les difficultés actuelles de médecine générale, n'oublions pas que les autres spécialités sont aussi soumises au vieillissement des praticiens, à l'augmentation des patients ». Au-delà de ces querelles de paroisses, tous s'accordent pour dire qu'inciter les carabins à choisir la médecine générale ne passera pas par la seule augmentation des places, mais aussi par une revalorisation sociale et médicale de cette spécialité.

 

Si l'ANEMF n'est pas tout à fait satisfaite par les nouvelles places ouvertes en médecine générale, elle est surtout particulièrement inquiète du sort fait aux spécialités chirurgicales et à la gynécologie obstétrique. En effet, si le ministère de la Santé a promis en septembre aux chirurgiens en colère une augmentation significative des postes ouverts au concours de l'internat c'est plutôt un ingénieux tour de passe-passe que propose la CNEM, ainsi résumé par la Confédération des hôpitaux généraux (CHG) : « Pour répondre à la signature de Septembre promettant l'augmentation du nombre des Internes en Chirurgie, on incorpore dans ce groupe, les Internes de Gynécologie Obstétrique. En fait, pour ces deux catégories confondues, le nombre global baissera de 4,7 % (de 628 à 600 !) » s'indigne le syndicat qui qualifie les propositions de la CNEM de « massacre » et qui demande « Qui veut-on duper ? ». L'ANEMF, de son côté, ridiculise cette « défiliarisation de la gynécologie médicale et de la gynécologie obstétrique (.) moins de cinq ans après leur création pour pallier au manque d'nterne ».

 

A ces deux principaux chefs d'accusation, s'ajoute une baisse des places ouvertes dans de très nombreuses spécialités et notamment en anesthésie réanimation (moins 50 par rapport à 2004), en biologie médicale (moins 20), en santé publique (moins 70) et en médecine du travail (60). Le cas de la pédiatrie que l'ANEMF dit « amputée » avec une baisse de 50 % du nombre de postes indigne tout particulièrement les syndicats. La CHG demande : « Faut-il encore parler de Spécialité sinistrée ? Ne serait-il pas préférable d'évoquer le terme de Spécialité ravagée ». Seule consolation liée au drame de Pau et conséquence de la récente présentation du plan Santé mentale, le nombre d'interne en psychiatrie a significativement augmenté passant de 245 à 300. Il aura fallu un bien triste drame pour que les vieilles doléances des psychiatres soient entendues.

 

Alain Harroche