Remplaçant: une activité porteuse
(Panorma du Médecin, 12.12.2002)
5269 médecins remplaçants en France aujourd'hui selon la CNAMTS.
Les médecins remplaçants professionnels existent et semblent même être de plus en plus nombreux.
«On les considère un peu comme une caste intouchable, des privilégiés», résume Mathias Huitorel, président du Syndicat national des jeunes médecins généralistes (
SNJMG). Quelle est la part de réalité, de fantasmatique sur ce qu'en-dira-t-on? Il est vrai que, pénurie oblige, certains remplaçants n'hésitent pas à faire monter aux enchères leurs rétrocessions d'honoraires, pourtant, certains ont fait du remplacement, jadis parent pauvre de la profession, un véritable choix de vie.
Sur les 4 000 à 5 000 remplaçants, non officiellement recensés en France, car il n'existe pas de fichier centralisé - seulement des listes de noms, au bon vouloir des médecins, dressées par les Ordres départementaux -, deux catégories s'alignent. Les premiers et les plus nombreux sont les jeunes thésés qui n'ont pas encore envie de s'installer. Certains feront cette activité deux à trois ans, d'autres ne cesseront jamais le remplacement. De l'autre côté, la frange âgée des médecins bientôt retraités qui vendent leur cabinet et modulent leurs rentrées d'argent.
Entre les deux, se greffe «une nouvelle frange», explique le Dr Philippe Cadic, directeur de la gestion du site remplacement.com et auteur d'une récente thèse sur le sujet:
«Les médecins qui recherchent le salariat sont de plus en plus attirés par le remplacement.»
Les femmes notamment, ou celles et ceux qui se détournent du libéral, actuellement sérieusement remis en question. Car régularité des revenus et mi-temps sont prisés aujourd'hui, tout autant que la volonté d'une meilleure qualité de vie.
«Mieux vaut toutefois réaliser un chiffre d'affaires d'au moins 10 000 E annuellement pour pouvoir en vivre, constate Philippe Cadic, car le système s'adapte mal aux tout petits remplaçants.» Ce qui nécessite de savoir jongler entre le système de l'offre et de la demande, pas toujours en adéquation. «Le problème, c'est que les médecins veulent toujours se faire remplacer aux mêmes périodes de l'année: pour des gardes de week-end, de nuit ou pour les vacances», constate Mathias Huitorel. «Trouver des remplacements à des heures normales dans la semaine est moins facile», ce qui nécessite parfois une inadéquation avec la vie de famille ou en tout cas
une nécessaire mobilité. Les contraintes d'un travail pas forcément en continu et d'une perpétuelle recherche d'emploi sont toutefois jugulées par certains avantages: l'absence de frais liés à l'installation et la liberté dans son temps. «Vous vous faites votre emploi du temps, vos revenus, vous pouvez changer de clientèle comme il vous semble: travailler aussi bien dans une clinique ou une maison de retraite que pour un médecin du sport et panacher votre activité», relate Philippe Cadic.
Reste la question du statut, sur laquelle planche le
SNJMG, mais aussi la Carmf ou l'Ordre. «Un médecin remplaçant actuellement ne peut télétransmettre les feuilles de soins et ne reçoit pas d'infos des caisses par exemple, alors qu'il reste un acteur central du système», explique
Mathias Huitorel. Un allégement des cotisations Carmf pour les remplaçants aux revenus irréguliers, une carte CPS spécifique et un système de carnet sont autant de projets, pour le moment en attente.

Raphaëlle Bartet


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