Remplacements d'été : toujours le même casse-tête
(Le Quotidien du Médecin, 26.06.2002)

Pour faire face à la pénurie de remplaçants chaque été, et alors que des médecins vont fermer leur cabinet pendant leurs vacances de juillet ou d'août, chaque organisation y va de sa petite suggestion. Le Syndicat national des jeunes médecins généralistes propose de créer un statut du remplaçant qui rendrait l'activité plus attrayante.
Comme chaque année à l'approche des vacances d'été se pose, pour les 57 000 médecins généralistes de France, l'éternel problème du remplacement. Car, avec un réservoir n'excédant pas les 5 000 remplaçants (selon les associations d'étudiants de troisième cycle et les jeunes médecins qui, cependant, n'ont pas de statistiques précises), l'offre dépasse de loin la demande : tous les praticiens ne seront donc pas satisfaits.
Bon nombre devront fermer leur cabinet sans être remplacés, et se contenteront au mieux d'orienter leurs patients vers un confrère afin de ne pas nuire à l'offre de soins dans le secteur. Avec, à la clé, une perte sèche.
Une perspective inéluctable à laquelle se prépare le Dr Marion Bidermann, qui partage son cabinet avec un autre généraliste à Meudon (Hauts-de-Seine). «Les annonces passées sur Internet et le bouche-à-oreille nous ont valu plusieurs appels, mais aucun postulant n'a donné suite. Les conditions sont pourtant correctes : 70 % des honoraires pour le remplaçant, quelques gardes en semaine pas trop prenantes, peu de visites au domicile, etc. Mais après la mi-mai, il devient presque impossible de trouver un remplaçant pour l'été ; tous sont déjà pris», explique-t-elle, découragée. «Et puis, poursuit le médecin, l'obligation récente pour les résidents de passer un semestre chez un praticien de ville avant d'être autorisés à remplacer complique la donne, car les maîtres de stage ont tendance à garder sous le coude leurs stagiaires pour leurs propres remplacements.»
La filière des résidents
Le malheur des uns faisant parfois le bonheur des autres, les résidents se disent très satisfaits de la nouvelle mesure en vigueur depuis le 21 novembre 2001. «Ce stage obligatoire a l'avantage de nous mettre en contact avec les médecins libéraux, on se constitue ainsi un réseau très utile», explique Anthony Annereau, le président de l’ISNAR. Résultat, les résidents n'ont aucun problème pour trouver des remplacements. «Certains ont leur agenda plein jusqu'en octobre sans avoir démarché, juste par le bouche-à-oreille», affirme Anthony Annereau.
Pour le Dr Mathias Huitorel, qui préside le Syndicat national des jeunes médecins généraliste (
SNJMG), ce stage constitue surtout une belle avancée sur le plan de la formation. Les résidents, désormais obligés de se frotter à la médecine de ville, apprennent ainsi à travailler de façon isolée, sur des pathologies différentes de celles rencontrées à l'hôpital. L'occasion aussi de s'initier à certaines procédures administratives, comme la comptabilité.
S'il conçoit que le stage aide les résidents à trouver des remplacements, le Dr Huitorel tient à souligner qu'il existe aussi des médecins remplaçants qui ne travaillent pas en continu, faute de propositions satisfaisantes. «Il y a inadéquation entre l'offre et la demande. D'un côté, les installés souhaitent tous être remplacés aux mêmes dates, c'est-à-dire les mercredis et pendant les vacances scolaires. D'un autre, certaines conditions d'offres sont inacceptables. Une rétrocession des honoraires à 100 % en faveur du remplaçant pour un court remplacement au pied levé ne me semble pas illogique." Or ce n'est pas toujours le cas, déplore le président du
SNJMG.
Alors, comment sortir de l'impasse ? La priorité, pour le Dr Claude Leicher, de MG-France, consiste, «à maintenir le tissu médical existant avant même de faciliter les remplacements dans les zones difficiles, c'est-à-dire rurales». Et qui de l'augmentation du numerus clausus, à l'issue de la première année d'études ? Cela ne suffit pas, poursuit le médecin. Pour obtenir des résultats rapides, mieux vaut se regrouper en cabinet. Les confrères peuvent échelonner leurs vacances et échanger leur clientèle.»
Un avis partagé par le Dr Michel Combier, président de l'Union nationale des omnipraticiens français (UNOF, organisation regroupant les généralistes de la CSMF), qui suggère également la transformation du semestre de stage chez un libéral en tutorat. Ce qui autoriserait l'étudiant de troisième cycle à faire des remplacements en cours de stage, chez son tuteur ou ailleurs. «Le problème de la pénurie des remplaçants serait pour partie réglé en amenant plus tôt les jeunes sur le marché du travail, tout en leur mettant le pied à l'étrier de façon encadrée», explique le Dr Combier.
Une aventure
Pour le Dr Huitorel, président du
SNJMG, la solution se situe ailleurs. «La profession libérale n'est plus attractive, nombre de mes jeunes confrères s'orientent vers l'industrie pharmaceutique ou le journalisme médical.» Pour les inciter à se lancer dans l'aventure des remplacements - une étape quasi incontournable avant l'installation -, il faut «créer un vrai statut pour le remplaçant», pour qu'il devienne «l'égal du médecin installé et non la cinquième roue du carrosse, le bouche-trou de service». Un collaborateur plutôt qu'un remplaçant, en somme.
Pour cela, estime le président du
SNJMG, il faudrait que le remplaçant soit identifié par les CPAM, avec mise à disposition des documents médicaux, tout comme les médecins installés, et pourquoi pas, mise à disposition de leurs propres feuilles de soins et d'une carte de télétransmission. L'Ordre a aussi un rôle à jouer, ajoute le Dr Huitorel, en créant pour chaque département un fichier des remplaçants qui faciliterait la mise en contact avec les médecins installés.
Au SNJMG, on pense qu'avec un zest d'imagination, il est possible de rendre la fonction de remplaçant suffisamment attrayante pour que soient enfin utilisés à 100 % les médecins déjà sur le marché. Reste à voir si ces revendications seront rapidement entendues.

Delphine CHARDON


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