Epilogue en demi-teinte pour la grève des internes
Deux syndicats sur quatre ont signé le protocole d'accord
(Libération, 20.12.2001)
Libération, jeudi 20 décembre 2001
"On nous a donné des choses qu'on ne demandait pas [...] On n'a pas l'impression d'avoir gagné, plutôt d'avoir évité une injustice." Un syndicaliste du SNJMG.
Ils réclamaient l'application d'un "repos de sécurité" après chaque garde de nuit sans qu'il soit décompté de leurs congés annuels. Ils voulaient passer de onze à dix demi-journées travaillées dans la semaine. Ils espéraient obtenir dix jours de récupération du temps de travail en contrepartie de leurs nombreuses heures supplémentaires et qu'on leur reconnaisse un statut de médecin hospitalier. Le ministre délégué à la Santé Bernard Kouchner a satisfait la première revendication des internes, n'a pas cédé sur les deux autres et a proposé une augmentation de la rémunération de leurs gardes en l'alignant sur celle des plus âgés. Il a aussi mis sur la table un congé de paternité et une dispense de garde pour les femmes enceintes de plus de trois mois.
"Pour pas grand-chose". Un mois jour pour jour après le début de leur grève, deux des quatre syndicats d'internes, l'Isnar et le FNSIP (1), ont signé hier le protocole d'accord avec Bernard Kouchner. "Parce que le repos de sécurité était notre revendication principale et que nous l'avons obtenu. Il devrait être appliqué dès le mois de mai 2002. Je regrette seulement qu'il nous ait fallu onze négociations et un mois de grève pour appliquer quelque chose qui relève de la santé publique et du droit des malades", justifie Cyrille Vartanian, président de l'Isnar.
Les deux autres syndicats, l'ISNIH et le SNJMG (2), n'ont pas été convaincus. "Tout ce qui concernait l'amélioration de nos conditions de travail, on ne l'a pas eu, déplore Jérôme Pacanowski de l'ISNIH. Un mois de grève dure seulement pour que l'application de la loi ne se fasse pas à notre détriment, pour que le repos de sécurité ne soit pas appliqué de façon injuste, on s'est battu pour pas grand-chose." Même déception du côté du SNJMG: "On nous a donné des choses qu'on ne demandait pas, mais rien de ce que nous revendiquions. D'accord, nous avons obtenu que toutes les gardes soient intégrées au temps de travail, mais nous n'avons pas l'impression d'avoir gagné quelque chose mais plutôt d'avoir évité une injustice. Nos conditions de travail ne vont pas changer de façon drastique après la signature de ces propositions."
"Amers". Mardi soir, la majorité des internes de province étaient toutefois prêts à reprendre leurs activités. "Pas parce qu'ils sont satisfaits, précise Olivier Gattoliat de SNJMG, ils sont pour la plupart révoltés par les propositions qu'on leur a faites", mais parce qu'ils fatiguent. Leur mouvement a commencé le 19 novembre, quinze jours avant celui des internes d'Ile-de-France. "Ils s'essoufflent parce qu'ils ne peuvent plus tenir la grève totale. C'est trop dur financièrement et dans les services."
"Pour nous à Paris, c'est un peu plus facile, explique Jérôme Pacanowski. Car on est plus anonymes, on change de stage tous les six mois, donc si ça se passe mal, ce n'est pas un drame. Mais par exemple un dermato au CHU de Reims devra rester quatre ans dans le même service et dépendre du même patron". Les internes de Paris et d'Ile-de-France se sont donc réunis hier soir pour décider des suites à donner à leur mouvement. "Ils ont envie de retourner auprès de leurs malades, raconte Olivier Gattoliat. Nous allons réfléchir à comment poursuivre notre action sur des modalités différentes." Il est fort probable qu'ils aient tous regagné leur service ce matin. Mais "amers, rapporte Jérôme Pacanowski. Ce n'est pas une fin de grève joyeuse, comme les anciens nous racontent la leur d'il y a deux ou trois ans. Celle-ci va laisser des traces et risque de repartir à la moindre étincelle dans un ou deux mois".
(1) L'Intersyndicale autonome des résidents et la Fédération nationale des syndicats d'internes en pharmacie.
(2) L'Intersyndicat national des internes des hôpitaux et le Syndicat national des jeunes médecins généralistes.
Julie LASTERADE