Internes : vers une reprise du travail, malgré des revendications insatisfaites
(Quotidien du médecin, 20.12.2001)

Le gouvernement concède le repos de sécurité aux internes mais leur refuse leurs dix demi-journées de travail hebdomadaire. Un mois après le début de leur grève, les internes, déçus, devaient se prononcer hier sur ces ultimes propositions. Le tendance était à la reprise du travail dans la plupart des CHU.

Les internes devaient rencontrer une nouvelle fois hier le ministre délégué à la Santé, Bernard Kouchner, et se prononcer sur les dernières propositions faites par le gouvernement aux quelque 19 000 médecins en formation dans les hôpitaux français.

Car les pouvoirs publics ont donné, en début de semaine, leur dernier mot aux internes en colère. "Je ne peux pas aller plus loin", a affirmé mardi le ministre devant les députés. Et cette offre ultime se décompose ainsi : un repos de sécurité acquis après 36 heures de travail (ce qui correspond à 55 jours de repos par an), une revalorisation des indemnités de garde (soit sous forme d'une prime annuelle de 5 000 F - 762,25 euros -, soit par le biais d'un alignement du tarif de garde appliqué aux deux premières années d'internat sur celui en vigueur pour les deux dernières années), le versement de 100 % (et non plus des deux tiers) du salaire pendant trois mois en cas d'arrêt de maladie, la dispense de toute garde pour les femmes enceintes à partir du troisième mois de grossesse, la création du congé de paternité.

Lettre ouverte aux "décideurs" politiques

Les internes mobilisés depuis quatre semaines - en grève dure depuis dix jours - à l'appel de l'ISNIH (Intersyndicat national des internes des hôpitaux de villes de faculté), du
SNJMG (Syndicat national des jeunes médecins généralistes), de l'ISNAR (Intersyndicale nationale autonome des résidents) et de la FNSIP (Fédération nationale des syndicats d'internes en pharmacie) réclamaient bien plus.
Au repos de sécurité, ils ajoutaient l'intégration des gardes dans le temps de travail, des semaines resserrées de 11 à 10 demi-journées, l'ouverture de négociations sur leur passage aux 35 heures. "Nous demandons (que nous soit reconnu un) statut de médecin hospitalier titulaire", ont répété, pour faire simple, les présidents des quatre syndicats dans une lettre ouverte aux décideurs politiques publiée mardi. Les propositions de Bernard Kouchner sont évidemment loin du compte. "Nous avons évité un recul en termes statutaire et financier pour le repos de sécurité mais nous n'avons rien obtenu de plus", analyse le président de l'ISNIH, le Dr Florent Perin-Dureau. "Les internes sauvegardent des acquis, obtiennent quelques mesurettes. Mais le ministre a complètement négligé leurs revendications statutaires", renchérit le Dr Olivier Gattolliat, président du
SNJMG. Résultat : les internes, qu'ils aient ou non décidé de continuer la grève (à l'heure où nous mettons sous presse, la majorité des CHU de province avaient fait le choix de reprendre le travail, mais Paris, Poitiers ou Marseille restaient en grève), sont mécontents.
Mardi, ils l'ont de nouveau dit dans la rue : leur seconde manifestation nationale a réuni plusieurs milliers de personnes (4 000 selon les organisateurs) à Paris. Les rangs des internes étaient étoffés par les chefs de clinique. Lesquels viennent en effet de monter au créneau, emmenés par l'ISNCCA (Intersyndicat national des chefs de clinique assistants), pour obtenir une prime d'exercice public exclusif, la réduction de leur temps de travail à 10 demi-journées, l'uniformisation des astreintes et une revalorisation salariale.

Karine PIGANEAU