La grève des internes se termine dans l'amertume et la confusion
(Quotidien du médecin, 21.12.2001)

Deux syndicats d'internes sur quatre ont signé un protocole d'accord avec le ministre délégué à la Santé, Bernard Kouchner. Ce texte marque la fin de la grève mais les internes, qui reprennent le chemin de l'hôpital, sont amers et déçus.

Les internes arrêtent la grève mais pas le combat. Tel est, en substance, le message délivré par leurs organisations syndicales à l'issue de leur toute dernière rencontre avec le ministre délégué à la Santé, Bernard Kouchner, qu'elles aient signé ou pas le protocole d'accord que leur soumettait le gouvernement.

Fallait-il se contenter de la confirmation de la mise en place du repos de sécurité et de l'intégration de toutes les gardes dans le calcul du temps de travail? Fallait-il accepter d'abandonner des prétentions à un statut de "praticien hospitalier en formation" et à une semaine de travail raccourcie d'une demi-journée? Entre souscrire aux propositions des pouvoirs publics ou les rejeter, le ceur des internes aura, jusqu'au bout, balancé.
Finalement, l'ISNAR (Intersyndicale nationale autonome des résidents) et la FNSIP (Fédération nationale des syndicats d'internes en pharmacie) ont signé le protocole d'accord tandis que l'ISNIH (Intersyndicat national des internes des hôpitaux de ville de faculté), et le
SNJMG (Syndicat national des jeunes médecins généralistes) ont préféré s'abstenir.

Un accord signé sans enthousiasme

Bilan des courses : si Bernard Kouchner peut mettre en avant l'adhésion obtenue de deux syndicats sur quatre, il ne peut pas triompher pour autant. Parce que l'accord auquel il est parvenu est très minoritaire - à lui seul, l'ISNIH représente un contingent de 10 000 internes sur un total de 19 000. Parce que, même chez les signataires, le ralliement ne s'est pas fait avec un enthousiasme délirant. L'ISNAR avoue dans un communiqué "savourer sa victoire" avec "beaucoup d'amertume". Parce qu'enfin, les opposants au protocole vont jusqu'à considérer ce document comme nul et non avenu. "Pour nous, il n'y a pas de protocole d'accord", affirme le Dr Florent Perin-Dureau, qui préside l'ISNIH et dont la lecture des dernières propositions de Bernard Kouchner est sans concession. "Ce texte ne fait que mettre en euvre un repos de sécurité qui nous était promis depuis 1998, explique-t-il, et nous ne sommes même pas d'accord sur les termes qu'il emploie pour son application."
Sur le terrain, les internes s'essoufflent et la grève se termine dans une certaine confusion : la grande majorité des villes de faculté ont voté la reprise du travail, tout en soutenant celles qui, comme Paris ou Marseille, restaient sur une ligne dure ; la fin de la grève ne signifie pas, insistent les syndicats, que les internes baissent les bras et enterrent leurs revendications insatisfaites. "Le mouvement va continuer dans les jours et les semaines qui viennent", prévient Florent Perin-Dureau. Le Dr Olivier Gattolliat, qui préside le
SNJMG, précise pour sa part que son organisation "soutiendra toute ville qui organisera des actions ponctuelles de protestation" et n'exclut pas l'idée de nouvelles "journées nationales d'action". Même l'ISNAR, signataire, le dit : elle "souhaite que le statut des résidents et des internes évolue rapidement vers celui de praticiens en formation".

Karine PIGANEAU