Les internes en grève totale des soins
(Quotidien du médecin, 12.12.2001)
Bernard Kouchner ne propose pas de rouvrir les négociations rompues par les internes et les grévistes se lancent dans un mouvement dur.
Faute de nouveau rendez-vous avec le gouvernement depuis l'échec de la dernière rencontre avec Bernard Kouchner, le mouvement de grève des internes et résidents, qui dure depuis le 19 novembre, a pris un nouveau tour cette semaine.
Alors qu'il ne concernait (à l'exception de deux jours) que les gardes et astreintes, les syndicats se sont massivement prononcés pour une grève totale des soins reconductible. Sur vingt-six villes de CHU, déjà quinze d'entre elles étaient engagées lundi dans ce type de grève, cinq autres (Lyon, Saint-Etienne, Grenoble, Besançon et Limoges) avaient déposé pour aujourd'hui et demain un préavis identique, et six devaient rapidement se prononcer.
L'Intersyndicat national des internes des hôpitaux des villes de faculté (ISNIH), le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) et la Fédération nationale des syndicats d'internes en pharmacie (FNSIP), qui appellent à la grève avec l'Intersyndicale nationale autonome des résidents (ISNAR), exigent toujours l'application immédiate du repos de sécurité, la reconnaissance d'une base de temps de travail hebdomadaire de quarante-huit heures et l'ouverture de négociations sur la réduction du temps de travail. Ils demandent au Premier ministre de "bien vouloir respecter les engagements écrits et signés des différents ministres de ses gouvernements et d'obtenir un arbitrage et une ouverture de négociations rapides de la part de Mme Guigou" , ministre de l'Emploi et de la Solidarité.
Mais une lettre adressée lundi à chaque interne et résident par Bernard Kouchner leur laisse peu d'espoir. Le ministre y rappelle les "propositions du gouvernement" qu'avaient refusées leurs représentants et il précise les conditions de la mise en place du repos de sécurité. "Mes collaborateurs restent à la disposition de vos représentants pour assurer la mise en euvre rapide de ce dispositif", conclut-il, ce qui laisse supposer qu'il n'est pas question d'aller au-delà des mesures envisagées.
Tandis que l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) appelle à la grève depuis hier pour soutenir les internes, le Syndicat des chefs de cliniques et assistants des hôpitaux de Paris veut une grève des soins pour la journée de demain. "L'objectif, explique le Dr Gabriel Perlemuter, son président, est, d'une part, de soutenir les internes et, d'autre part, d'appuyer nos revendications, la reconnaissance d'une base de travail de dix demi-journées au lieu de onze actuellement, une indemnité d'exercice publique exclusif (prime dont bénéficient depuis deux ans tous les praticiens hospitaliers qui n'ont pas d'activité libérale à l'hôpital), l'application du repos de sécurité à partir du 1er janvier."
Dans un communiqué, la Coordination médicale hospitalière (CMH) demande la "réouverture immédiate des négociations avec les internes et attachés".
Sabine de Jacquelot