Grève totale des internes demain
(L'Humanité, 28.11.01)
Les internes sont bien souvent nos premiers interlocuteurs à l'hôpital. Nombre de ces jeunes médecins, en troisième cycle de formation, travaillent dans les services d'urgences. Comme leurs aînés, les praticiens hospitaliers, ils assurent l'accueil des malades, réalisent les diagnostics, prodiguent les soins. Mais bien plus que les autres, ils cumulent les gardes de nuit ou du week-end. "Nous avons les mêmes devoirs que les médecins, mais aucun des avantages", se plaint Olivier Gattoliat, président du Syndicat national des jeunes médecins généralistes. Depuis douze jours, quelque 80% des 20 000 internes, toutes spécialités confondues, sont engagés dans un mouvement de grève des gardes et des astreintes, à l'appel de leurs quatre syndicats, des internes des hôpitaux (ISNIH), des résidents (ISNAR et
SNJMG) et des internes en pharmacie (FNSIP). Toujours sans rendez-vous avec Bernard Kouchner, ministre délégué à la Santé, les assemblées générales viennent de décider de durcir le mouvement : aujourd'hui est une journée de grève totale des soins.
Principale revendication ? Le respect du "temps de repos de sécurité" après une garde, prévu par le décret gouvernemental du 9 janvier 2001 et toujours pas appliqué, alors que la directive européenne qui le rend obligatoire date de... 1993. Bien des internes cumulent jusqu'à 36 heures de travail consécutives, deux journées, non séparées par une nuit. Ils revendiquent aussi l'intégration des gardes dans leur temps de travail qui les oblige à être présents onze demi-journées à l'hôpital. Lors d'une rencontre avec les syndicats la semaine dernière, le cabinet de Bernard Kouchner a tenté de troquer l'attribution effective du repos de sécurité contre une baisse des émoluments, en soustrayant une partie de la rémunération jusque là obtenue par les gardes.
Résultat : "Les internes nous poussent à durcir encore le mouvement. Le climat est à la rébellion", constate Olivier Garnier, président de la FNSIP.
Car le malaise est bien plus large. "C'est un mouvement statutaire", confie Olivier Gattolliat. Le statut des internes du 10 novembre 1999, stipule que le praticien en formation "consacre la totalité de son temps à ses activités médicales, odontologiques ou pharmaceutiques". Chaque interne réalise deux gardes par semaine, une de nuit, une le week-end. Comme leurs aînés, ils cumulent quelque 70 à 80 heures de travail hebdomadaire. Mais ils ont été exclus de l'accord sur la réduction du temps de travail signé par les syndicats des praticiens hospitaliers en octobre dernier. D'abord considérés comme des "étudiants" ils ne cotisent pas pleinement à la retraite ou perdent les deux tiers de leur rémunération en cas d'arrêt maladie. Leur mouvement porte une ferme exigence de reconnaissance de la place qu'ils occupent et des services rendus à l'hôpital. Ils se considèrent d'avantage praticiens qu'étudiants et entendent faire évoluer leur statut dans ce sens. Dans les services, la plupart des médecins soutiennent leur mouvement. "Ce sont les internes qui font tourner les urgences. Leur fonction va bien au-delà du simple rôle d'étudiants", explique Florent Perrin-Dureau, président de l'ISNIH. Les quatre syndicats qui ont pris la tête du mouvement craignent que se profile une "régression" de leur statut, notamment celui de la garde, qui ne serait plus comptabilisée comme telle. S'ils n'obtiennent pas aujourd'hui un rendez-vous avec leur ministre de tutelle, ils promettent déjà de continuer et n'excluent pas un "mouvement de grève illimitée".
P. M.