A Paris : "La grève totale, ça ne s'improvise pas"
(Quotidien du médecin, 27.11.01)
Pour chauffer l'amphithéâtre de 500 places bondé qui accueillait jeudi soir à la Pitié-Salpêtrière l'assemblée générale des internes et des résidents des quatre syndicats en grève, la voix de Bernard Kouchner, enregistrée la semaine dernière sur une chaîne de radio, a servi d'introduction. Pour le ministre, les internes sont des " étudiants payés ", ce qu'il juge " formidable ". De quoi, s'il en était besoin, ulcérer les intéressés, partagés entre le cri d'indignation et le rire désabusé.
L'AG, rondement menée par les représentants de l'ISNIH (internes en spécialité) et du
SNJMG (jeunes généralistes), a permis de rappeler les faits. Après une heure et demie de questions-réponses entre des grévistes tous prêts à en découdre avec le gouvernement, on en vient facilement au vif du sujet : "Etes-vous oui ou non pour la grève?", interroge Anne-Gaëlle Andrieu, vice-présidente de l'ISNIH. En une seconde, tous les bras se lèvent. On parvient tout de même à relever quatre abstentions, dont on se demande même si elles ne relèvent pas de la plaisanterie. "Maintenant, il y a deux solutions : la grève totale ou la grève des gardes et astreintes." Déjà, plusieurs voix s'élèvent dans la salle pour durcir le mouvement. Mais l'ISNIH cherche à calmer le jeu : "A trois jours de grève, je pense qu'il est trop tôt pour durcir. Une grève totale, ça ne s'improvise pas ", insiste Anne-Gaëlle Andrieu. "Si vous êtes en grève totale tout de suite, ensuite vous n'aurez plus de cartouches. L'an dernier, on a tenu quinze jours, c'est comme ça qu'on a obtenu quelque chose", ajoute Florent Perin-Dureau, président de l'ISNIH.
Quelqu'un suggère de bloquer les hôpitaux. Une hypothèse aussitôt balayée : "Il n'y a que la grève qui marche." En revanche, le principe d'une grosse manif' nationale soulève l'enthousiasme général. Les organisateurs réclament juste le temps de la mettre sur pied.
Autre motif d'indignation : les assignations. L'ISNIH dénonce le comportement de quelques directeurs d'hôpital, qui pratiquent systématiquement l'assignation d'internes en grève, le plus souvent dans les services d'urgence, sans s'être assurés que les médecins du service pouvaient s'en charger. "Il y a de gros problèmes à Paris, c'est n'importe quoi, mais ne refusez pas toutes les assignations sans réfléchir", supplie la vice-présidente, qui invoque la responsabilité médicale. Le syndicat promet d'engager des procédures rapides au tribunal administratif et d'alerter les médias en cas d'abus.

Sabine de JACQUELOT