Les internes menacent d'étendre leur grève (Le Monde, 26-04-2000) Le gouvernement admet la nécessité de réorganiser les services dans les hôpitaux mais refuse des hausses de salaires. UNE SEMAINE après le début du conflit et malgré le week-end pascal, les internes paraissent déterminés à poursuivre leur grève, commencée le 17 avril, pour réclamer une revalorisation de leur rémunération et la garantie d'un repos de sécurité après les gardes de nuit. Lundi 24 avril, 22 centres hospitaliers universitaires (CHU) sur 26 ont été touchés à des degrés divers Mardi, les représentants des internes doivent être reçus au ministère de la solidarité pour une deuxième séance de discussions avec les conseillers de Martine Aubry et Dominique Gillot, la secrétaire d'Etat à la santé. Ils menacent, s'ils n'obtiennent pas satisfaction, de durcir le mouvement en déclenchant une " grève totale ", qui affecterait alors toute l'activité des internes, et non plus seulement les gardes. Selon l'Intersyndicat national des internes des hôpitaux (Isnih), à l'origine de la grève avec le Syndicat des jeunes médecins généralistes SNJMG) et l'Intersyndicale nationale autonome des résidents (Isnar, internes en médecine générale), le taux de grévistes a atteint 70 % à Paris et 80 à 90 % en province. Ces chiffres n'ont pas été confirmés par la direction des hôpitaux, qui se contente de faire état d'une situation " très variable " d'une région à l'autre. Ainsi, si les hôpitaux de Brest ou Toulouse connaissent des taux de participation proches de 100 %, d'autres établissements, à Besançon notamment, sont relativement épargnés. Les internes estiment avoir été les " oubliés " des accords survenus début mars entre les syndicats de praticiens, des personnels hospitaliers et le gouvernement. Fait rarissime, ils réclament non plus une revalorisation classique des gardes, mais une augmentation de 16 % de leur rémunération, comprise actuellement entre 8 000 et 10 000 francs net par mois, hors primes de garde. Les syndicats revendiquent aussi l'instauration d'un " repos de sécurité " qui éviterait aux 14 500 internes (spécialistes ou généralistes) d'enchaîner une garde de nuit entre deux journées complètes de travail. " C'est une atteinte grave au droit du travail qui fait encourir aux patients des risques inacceptables ", affirme le SNJMG. Les internes, qui achèvent leur formation en exerçant dans les hôpitaux, sont en théorie soumis à cinq gardes par mois et onze demi-journées de service, dont deux réservées à la formation. SURCHARGE DE TRAVAIL Dans l'entourage de Mme Gillot, on reconnaît que la baisse du nombre d'internes de spécialité - 20 % en cinq ans - pose des problèmes de surcharge de travail. " Il faut réorganiser les services ", note un conseiller, qui évoque une révision des modalités d'affectation des internes. Le ministère compte également rassurer les " résidents " sur la réforme des études médicales contenue dans le projet de loi de modernisation sociale qui doit être présenté en conseil des ministres à la fin du mois de mai. En revanche, il semble que le gouvernement soit peu disposé à une ouverture sur la revalorisation des salaires. Les étudiants, auxquels pourraient se joindre les chefs de clinique - anciens internes qui ont achevé leur thèse - ne sont pas les seuls à réclamer un " repos de sécurité ". Le Syndicat national des médecins anesthésistes-réanimateurs des hôpitaux non universitaires (Snmarhnu) appelle ses adhérents à cesser, du 15 au 19 mai, les activités de soins et de consultations les lendemains de garde.
Isabelle Mandraud