Les internes s'astreignent à la grève (L'Humanité, 18-04-2000) Un mois après les agents hospitaliers, les jeunes médecins sont entrés dans l’action hier en refusant gardes et astreintes. Multiplication des week-ends travaillés, impossibilité de bénéficier du repos de sécurité... Ces médecins subissent de plein fouet les conséquences de la pénurie. Le ton montait depuis quelques temps. Après les agents hospitaliers de l’assistance publique au début de l’année, les internes entrent en action à leur tour. Plusieures organisations - l’intersyndicat national des internes de spécialités (ISNIH), le syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG), l’intersyndicat national autonome des résidents (ISNAR) - ont lancé un appel à une grève illimitée des gardes et astreintes de nuit et de week-end. Le mouvement, engagé hier à Paris et en province, s’annonçait puissant. André Nazac, vice président de l’ISNIH, en résume en trois mots le principal motif : “surcharge de travail”. “On est maintenant deux ou trois internes par service, au lieu de cinq ou six il y a quelques années” ; une traduction directe de l’évolution du numerus clausus des internes passé de 10 000 dans les année quatre vingt à 3 500” indique le syndicaliste. Pourtant, “l’activité dans les services n’a pas décru. elle s’est donc reportée sur nous et du coup, on est débordé”; Les internes ont en effet pour privilège de se retrouver “en première ligne”. c’est à eux qu’il revient, en premier, d’assumer les conséquences de la pénurie de moyens et sous-effectif de praticiens hospitaliers.
L’horaire hebdomadaire de travail d’un interne atteint les 70 heures en médecine générale, 80 à 90 heures en chirurgie. A eux les week-ends à l’hopital - un sur deux ou sur trois, en dehors des gardes -, “pour assurer la continuité des soins”. A eux les gardes à répétition : “jusqu’à dix parfois quinze dans le mois. Ce n’est plus vivable” dit André Nazac. En principe, un interne ne devrait pas faire plus de cinq gardes de nuit ou de week-end. Quant au repos de sécurité aprés une nuit blanche auprès des malades, il relève tout simplement du rêve. “Ce repos est défini par une circulaire européenne dont les modalités d’application ne sont pas encore définies” indique André Nazac. Nous demandons qu’il soit inscrit dans notre statut comme ça l’est dans celui des praticiens hospitaliers. Ensuite, on discutera des modalités d’application. dans l’etat actuel des choses, c’est inapplicable, on est pas assez de médecins pour pouvoir se permettre de rentrer chez soi le lendemain matin”. La satisfaction de ces revendications, selon le responsable de l’ISNIH appellerait la creation de 1500 postes d’assistants ou de chefs de cliniques; La pénurie n’entraîne pas seulement un surcroit de travail, elle est aussi, les médecins en sont conscients, “déletère pour la sécurité des patients”.
Dernier volet du conflit, les rémunérations. Pour 70 heures de travail, un interne gagne quelques 9000 francs net par mois. Les syndicats réclament une revalorisation comparable à celle obtenue par les praticiens hospitaliers, les “seniors”, en mars dernier, retombée du mouvement de ce début d’année. Martine Aubry a accordé une enveloppe de 1,4 milliard de francs au titre de l’augmentation des traitements des praticiens hospitaliers; les internes ont eu, alors, le sentiment d’avoir été oublié. Ils revendiquent également, le doublement des indemnités de gardes au delà des obligations statutaires. Non pas tant pour gagner plus mais afin de dissuader les hôpitaux de recourir abusivement aux gardes supplémentaires. “Nous voulons faire le nombre prévu par le statut, c’est à dire une garde par semaine et un dimanche ou un jour férié par mois. On sait très bien qu’il faut du temps pour réorganiser les choses; Mais en demandant le doublement des indemnités, on va imposer une réorganisation plus rapide. On veut mettre la préssion financière, puisqu’il n’y a que celle-la qui fonctionne”;
Le mouvement des internes bénéficie de la compréhension et du soutien des professeurs d’université, des conseils médicaux de l’établissement de l’Assistance Publique-hopitaux de Paris, du syndicat des chefs de clinique, etc... Seront-ils entendus par Martine Aubry, Leurs représentants doivent être reçus aujourd’hui au ministère de la solidarité.
Yves Housson