Remplaçants : plus sévère, la réglementation risque d'aggraver la situation (Le Qutidien du Médecin, 21-01-2000). La carence, déjà chronique, de remplaçants en médecine générale pourrait empirer en raison de la réglementation plus sévère, qui impose désormais aux résidents qui veulent remplacer d'avoir validé leur stage de six mois chez le généraliste.

"Je ne pars plus, je n'ai trouvé personne pour me remplacer". Un tel discours était impensable il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui, de nombreux généralistes, notamment en milieu rural, mais pas uniquement, peinent à trouver des remplaçants. La forte diminution du numerus clausus (qui est passé de 7000 étudiants en 1980 à moins de 4000 au début des années quatre-vingt-dix) conjuguée à l'accroissement continu du taux de spécialisation a fait chuter le nombre de remplaçants potentiels en médecine générale.

Aujourd'hui, conséquence de la mise en place du stage obligatoire de six mois chez le généraliste, le durcissement des critères exigés pour la délivrance des licences de remplacement en médecine générale risque d'aggraver encore la situation actuelle. Depuis le 1er novembre 1999, en effet, ont pris fin les "mesures transitoires" qui permettaient aux résidents (selon un décret de 1997) de remplacer, après avoir validé seulement deux stages hospitaliers agréés pour la médecine générale, sans qu'ils fussent obligés d'avoir fait le nouveau stage chez le praticien qui a été mis en place en novembre 1996.

Désormais, la réglementation normale s'applique et elle impose la validation de trois stages, dont le nouveau semestre en soins primaires.

Les jeunes médecins se sont émus les premiers de cette réglementation très sévère. Selon le Syndicat Nationnal des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG), de nombreux étudiants n'ont pas pu faire ce stage pratique chez le généraliste, faute de place ou en raison de leur propre calendrier (1), et ils se trouvent pénalisés puisqu'ils ne peuvent pas, théoriquement, obtenir leur licence. Le SNJMG, qui avait déjà fait circuler il y a quelques semaines une pétition intitulée "Des remplçants pour cet hiver", interpelle à nouveau la communauté médicale et les pouvoirs publics afin de trouver une "issue honorable pour tous" et d'assurer la permanence des soins.

Mais le dossier est sensible. Les généralistes enseignants comme les représentants des généralistes installés ont parfois usé d'un double discours. Ils se plaignent régulièrement du manque de remplaçants ou d'assistants sur le terrain. Ils estiment aussi, en substance, que la revalorisation de la médecine générale justifie que l'on exige des "juniors" des critères plus stricts pour remplacer.

Le SNJMG accuse d'ailleurs les syndicats de généralistes installés et le collège des généralistes enseignants d'avoir fait "front commun" pour obtenir la fin des mesures transitoires.(2)

Le Dr Richard Bouton, président de MG-France, admet que cette réglementation, moins tolérante pour les promotions actuelles de résidents, risque "d'aggraver la situation du remplacement pendant un ou deux ans" Il estime que l'obligation demandée aux étudiants d'avoir validé leur stage chez le généraliste "prive de la possibilité de remplcer des gens qui seraient tout à fait aptes". Mais il considère en même temps que "les généralistes enseignants qui veulent valoriser le stage de six mois ont raison, même si ce ne sont pas forcément les mêmes que les médecins de terrains, qui ne trouvent personne".

Le Dr Michel Chassang, président de l'Union nationale des omnipraticiens français (UNOF), juge aujourd'hui "absurde" de reculer l'autorisation de remplacer dans un contexte de démographie médicale déficitaire. Estimant que le remplacement reste "de loin la meilleure école", il souhaite que la formation professionnelle du généraliste ne soit pas retardée dans le cursus sous prétexte de l'allongement des études médicales. Et il réclame la possibilité pour les médecins de famille de faire largement appel à des "assistants salariés" qui soient des jeunes médecins en fin d'études.

Le centre Bonaparte, à Paris, qui met en contact depuis 1991 des remplaçants et des médecins désireux de se faire remplacer (1700 offres par an, dont 75% en Ile-de-France), relativise. "Pour l'instant, affirme le service de remplacement, on constate les problèmes sur la durée avec la baisse continue du numerus clausus. Des médecins nous contactent pour dire qu'ils ne trouvent pas, mais l'année 1998/1999 n'a pas été pire que la précédente. C'est vrai toutefois qu'on risque de s'apercevoir du changement cette année."" (3).

Cyrille DUPUIS

(1) : contrairement à ce que laisse penser la formulation de cette phrase, il ne s'agit pas du calendrier personnel des résidents mais du calendrier de choix de stages qui leur sont parfois imposés dans certaines régions.

(2) : contrairement à ce que laisse penser la formulation de cette phrase, le SNJMG n'accuse pas les syndicats de généralistes installés et le collège des généralistes enseignants d'avoir fait front commun pour obtenir la fin des mesures transitoires, mais d'avoir fait front commun pour imposer la fin des mesures transitoires le 1er novembre 1999 (soit un an trop tôt).

(3) : signalons que le Conseil de l'Ordre de Paris a renouvelé toutes les licences de remplacement y compris celles des résidents qui n'avaient pas validé leur stage chez le généraliste (ce qui annule l'impact de la fin des mesures transitoires sur Paris).